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Faces de Eva. Estudos sobre a Mulher

versão impressa ISSN 0874-6885

Faces de Eva. Estudos sobre a Mulher  no.51 Lisboa jun. 2024  Epub 30-Jan-2025

https://doi.org/10.34619/adpy-ei2j 

Entrevista

Entretien d’Anne Cova avec Françoise Thébaud

iInstituto de Ciências Sociais, Universidade de Lisboa, 1600-189 Lisboa, Portugal. Email: anne.cova@ics.ulisboa.pt


À l’occasion de la parution de l’ouvrage intitulé Les Féminismes. Une Histoire Mondiale, 19 e -20 e siècle sous la direction de Yannick Ripa et Françoise Thébaud, publié en mars 2024 par la maison d’édition Textuel, un podcast a été réalisé par le groupe de recherche «Mémoire, Histoire et Société» coordonné par Miguel Alexandre Dantas da Cruz et Annarita Gori, de l’Institut en Sciences Sociales de l’Université de Lisbonne (ICS-ULisboa). Lancé en janvier 2024, ce podcast, «History Book Corner», présente mensuellement des ouvrages parus récemment. Le 28 mars 2024, a eu lieu à l’ICS-ULisboa l’enregistrement de ce podcast par Eleonora Tulumello, suivi de sa mise en ligne: https://open.spotify.com/show/0OkDsXNIoPlEo6243TP6Vq. Nous le reproduisons ci-dessous.

C’est un plaisir de pouvoir parler de cet ouvrage dirigé par deux grandes historiennes d’histoire des femmes et du genre, sur un thème qui m’intéresse particulièrement puisque je travaille sur une histoire comparée et transnationale des femmes et du genre, en Europe du Sud et en Amérique latine, pendant la première moitié du 19e siècle, à travers l’étude notamment des «conseils nationaux de femmes», qui regroupaient dans chaque pays un nombre important d’associations.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je voudrais présenter les directrices de ce magnifique livre, richement illustré, de plus de 300 pages, qui parcourt deux siècles d’une histoire mondiale des féminismes.

Yannick Ripa est historienne, spécialiste en histoire des femmes et du genre qu’elle a enseignée, en tant que professeure, à l’université Paris 8 et sur laquelle elle a écrit de nombreux ouvrages. Parmi ses publications: Les Femmes Actrices de l’Histoire, France 1789 à Nos Jours (2023);Femmes d’Exception, les Raisons d’un Oubli (2021); Histoire Féminine de la France, de la Révolution à la Loi Veil, 1789-1975 (2020). Elle collabore régulièrement sur l’histoire des femmes et du genre dans le journal quotidien Libération.

Françoise Thébaud est professeure émérite d’histoire contemporaine de l’Université d’Avignon. Elle a été codirectrice, entre 1995 et 2018, de la revueClio. Femmes, Genre, Histoire et présidente de l’Association Mnémosyne pour le développement de l’histoire des femmes et du genre (2000-2008). Ses travaux portent sur la guerre, la maternité, l’historiographie, les féminismes. Sur ce sujet, elle a déjà, outre de nombreux articles, publié Une Traversée du Siècle. Marguerite Thibert, Femme Engagée et Fonctionnaire Internationale (2017) et codirigéLe Siècle des Féminismes (Gubin et al., 2004), ainsi queFéminismes et Identités Nationales(Thébaud et Cohen, 1998).

Anne Cova: Aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir avec nous Françoise Thébaud. Ma première question est: Quelle est l’histoire de ce livre et quel est son projet?

Françoise Thébaud: À l’origine de ce livre, comme c’est souvent le cas, une demande d’une maison d’édition: Textuel. Cette petite maison, dirigée par Marianne Théry et entièrement féminine, avait déjà publié dans cette collection richement illustrée Histoire Mondiale de l’Anarchie (Manfredonia, 2014) et Une Histoire des Luttes pour l’Environnement (Ambroise-Rendu et al., 2021). Cette demande m’a été adressée car j’avais déjà coécrit pour Textuel La Fabrique des Filles (Rogers et Thébaud, 2014). J’y réponds avec enthousiasme, d’autant que depuis 40 ans, j’ai été soucieuse d’élargir l’espace de mes recherches, avec d’abord des travaux sur la France, puis d’approche comparée à l’échelle européenne ou occidentale, enfin de dimension mondiale avec l’étude des organisations internationales et celle de féministes œuvrant à l’échelle internationale, comme Marguerite Thibert, «une citoyenne du monde» bien évidemment présente dans l’ouvrage dont nous parlons.

Seul un travail collectif pouvait répondre à une ambition mondiale, d’où une codirection avec Yannick Ripa et l’apport de 35 autres plumes. Cet ouvrage propose en effet un tour du monde des féminismes dans la longue durée de deux siècles, de la révolution française à l’an 2000. Avec l’objectif de décentrer notre regard, souvent franco-centré ou occidentalo-centré, et de montrer la diversité des féminismes par-delà un socle commun, une définition générique qui peut être la suivante: le féminisme est à la fois un corpus d’idées dénonçant l’ordre de genre établi et un ensemble de mobilisations pour l’égalité entre les sexes et la liberté des femmes. Cette diversité se vérifie dans le temps - nous parlons volontiers de vagues féministes aux caractéristiques différentes -, dans l’espace, mais aussi à un moment donné, dans un pays donné, avec la coexistence, voire la confrontation de courants qui n’ont ni la même approche théorique, ni la même conception des combats prioritaires et des modes d’action.

AC: De cette histoire mondiale des féminismes sur deux siècles, quelles idées générales dégagez-vous ?

FT: Tout d’abord, la précocité, pas seulement en Occident, de la prise de conscience par des femmes des discriminations dont elles sont l’objet. Ainsi, l’ouvrage évoque la figure et le combat de l’Indienne Savitrabai Phule (1831-1897) qui, au milieu du 19e siècle, dénonce l’imbrication des dominations de caste et de genre - approche intersectionnelle avant l’invention du concept -, et lutte pour l’éducation de toutes les filles et contre le mariage des enfants.

Autre idée générale: ce qui est souvent présenté comme nouveau, caractérisant le temps présent, ne l’est pas véritablement. Le combat commun contre le racisme et pour le féminisme est ancien, tout comme l’articulation entre féminisme et anticolonialisme. De même, l’écoféminisme n’est pas une nouveauté du 21e siècle. L’ouvrage présente deux grandes mobilisations écoféministes des années 1970: le mouvement Chipko en Inde (des paysannes enlacent les arbres pour éviter la déforestation qui dégrade leur environnement et les appauvrit) et le Green Belt Movement au Kenya, plantation d’arbres à large échelle, sous la houlette de Wangari Maathai (prix Nobel de la paix, 2004).

Troisième idée générale: l’importance et la précocité des échanges entre féministes qui, dès le 19e siècle, s’écrivent régulièrement, voyagent, se rendent à des congrès internationaux, lisent des œuvres traduites. Apprendre qu’un droit a été obtenu dans tel ou tel pays - par exemple le droit de vote en Nouvelle-Zélande en 1893 - renforce la mobilisation dans les autres. Notre histoire mondiale des féminismes est une histoire connectée, attentive à toutes les formes de circulation des personnes et des idées, d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre.

AC: Quelles sont, dans les combats et les acquis, les grandes étapes chronologiques que vous avez dégagées ?

FT: Nous avons distingué quatre périodes chronologiques, distinctes par la priorité accordée à telle ou telle revendication, les modes d’action utilisés, l’ampleur des mobilisations féministes. La première période - de la révolution française à 1870 - est, malgré la convention de Seneca Falls aux États-Unis en 1848, le temps des actions individuelles ou celles de petits groupes qui fondent un journal, telles les Saint-Simoniennes françaises dans les années 1830 et 1840, ou les Italiennes qui lancent la revue La Donna en 1868. Si certaines militantes réclament déjà l’égalité civile et politique, le combat prioritaire porte sur l’éducation des filles, fondement de l’émancipation des femmes; il passe par l’ouverture d’écoles et la publication d’opuscules.

Durant le demi-siècle, qui court de 1870 à 1920, le féminisme s’organise à l’échelle nationale et internationale: création du Conseil international des femmes (CIF) en 1888, de l’Alliance internationale pour le suffrage des femmes en 1904, de l’Internationale des femmes socialistes en 1907. Leurs branches nationales - une vingtaine pour le CIF en 1914 - sont présentes essentiellement en Europe et Amérique du Nord, mais certaines existent déjà en Amérique latine. Parallèlement, une contestation féministe émerge au Japon et en Chine. Au Japon, Kishida Toshiko milite, dès les années 1880, par l’écrit et des discours tenus en public, pour la démocratisation de son pays et l’émancipation des femmes, contestant la soumission confucéenne. Son «Appel à mes sœurs compatriotes» inspire la génération suivante, celle rassemblée autour de la revue Seitō, revue lancée en 1911, entièrement rédigée par des femmes et lieu de débats houleux, notamment sur la sexualité. En effet, en Europe comme ailleurs, les féministes s’accordent sur des priorités: obtenir l’égalité civile, lutter contre la prostitution, améliorer la condition des travailleuses, ouvrir toutes les écoles et tous les métiers aux filles - c’est l’époque des «premières». Mais elles se divisent sur la réforme sexuelle et la libre maternité, un temps également sur la question des droits politiques. Les Néo-Zélandaises (blanches et autochtones) obtenant le droit de vote en 1893, les Australiennes blanches et les Finlandaises les droits de vote et d’éligibilité en 1901 et 1906, voter devient une revendication prioritaire dans la première décennie du 20e siècle mais le répertoire d’action oppose les suffragistes modérées et les suffragettes, ce terme gardant jusqu’à nos jours une connotation péjorative.

La troisième période - des années 1920 aux années 1960 incluses - n’est pas, sauf dans les États dictatoriaux, une période de reflux du féminisme, comme cela a longtemps été dit. Au contraire, on peut parler d’une véritable mondialisation des mobilisations féministes, désormais présentes sur tous les continents. Des femmes d’Asie se réunissent à Damas, Lahore, Téhéran au début des années 1930. Dans les territoires sous domination coloniale (Afrique, Inde, Indochine), les mobilisations s’articulent au combat pour l’indépendance et imposent la question des femmes aux partis nationalistes. Comme l’écrit en 1956, l’institutrice malienne Aïssata Sow Coulibaly, «les femmes sont doublement esclaves», soumises à une domination coloniale et patriarcale. Après 1945, des aspects nouveaux préparent l’éclosion des mouvements de libération des années 1970: conscientisation de nombreuses femmes par la lecture du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, publié en 1949 et traduit dans de multiples langues; affrontements sur le modèle d’émancipation, après la naissance, en 1945, d’une nouvelle internationale qui s’inscrit, en guerre froide, dans le camp soviétique - la Fédération démocratique internationale des femmes; affirmation d’un art qui se revendique féministe (notamment avec Niki de Saint-Phalle); développement de mobilisations pour le contrôle des naissances.

Je serai très rapide sur la dernière période - 1970-2000 -, la mieux connue des auditrices et auditeurs. Les féministes continuent à lutter pour l’égalité, notamment au travail, mais le combat prioritaire est désormais celui pour la liberté de disposer de son corps, par l’accès libre et gratuit à la contraception et à l’avortement, également et déjà contre toutes les formes de violence faites aux femmes. Cet activisme n’est pas qu’occidental mais ne peut s’exprimer que dans les démocraties. C’est aussi la période où l’ONU reconnait la légitimité des luttes des femmes pour l’égalité et la liberté - année et décennie de la femme, grandes conférences mondiales -, celle enfin où naissent les women’s studies et l’écriture de l’histoire des femmes.

AC: Il existe d’autres histoires mondiales des féminismes, comme The Routledge Global History of Feminism dirigé par Bonnie G. Smith et Nova Robinson (2022) ou le Que sais-je? de Florence Rochefort (Histoire Mondiale des Féminismes, 2018, 2e ed. 2022). Quelle est l’originalité de votre ouvrage?

FT: Nous sommes conscientes qu’il s’agit d’une histoire des féminismes, pas de la seule possible, ni d’un récit définitif. Le format de l’éditeur a imposé des choix, il reste des blancs dans nos connaissances et le regard historien est toujours daté.

L’originalité et l’attrait de l’ouvrage, me semble-t-il, réside dans le fait qu’il propose plusieurs niveaux de lecture. Les textes - outre les introductions, 107 entrées sur des figures, des mobilisations, des acquis chèrement gagnés, des ouvrages féministes qui ont fait date - proposent du savoir historique condensé, mais écrit de façon accessible à un large lectorat, y compris scolaire. Des citations en exergue invitent à la réflexion. En voici une, extraite de Jingwei shi (La Pierre de l’oiseau Jingwei, vers 1906) de Qiu Jin: «De tout mon cœur, j’implore mes vingt millions de compatriotes féminines d’assumer leurs responsabilités de citoyennes. Debout! Debout, femmes chinoises, levez-vous!»; dans une Chine impériale en déliquescence politique, cette militante qui, hostile à la pratique des pieds bandés, lutte pour l’éducation des filles et l’accès au travail, appelle les femmes à se mobiliser; préparant un coup d’État contre l’empereur, elle est arrêtée en 1907 et décapitée, âgée de 32 ans.

Enfin, l’ouvrage offre une riche iconographie. Celle-ci n’est pas simple illustration du texte mais source d’information historique, et pas seulement grâce à des légendes précises. Observer et comparer les documents, comme la photographie d’un sage congrès de la fin du 19e siècle aux participantes richement vêtues et celle d’une manifestation des années 1970, font comprendre la nature différente (dans l’organisation et les revendications) des mouvements de la première et deuxième vagues, et saisir la réalité du clivage entre les grandes organisations libérales et les féministes socialistes ou bolcheviques qui, comme l’Allemande Clara Zetkin ou la russe Alexandra Kollontaï, défendent avant tout les femmes prolétaires. Enfin, l’iconographie a aussi permis d’aborder des points restés allusifs dans les textes: d’une part, l’antiféminisme qui a toujours existé, comme le montrent les caricatures présentées - les militantes y sont laides et vociférantes -, ou la photographie saisissante d’un homme seul et rétrograde appelant à dire non à la votation du 7 février 1971 sur l’accès des Suissesses au vote fédéral; d’autre part, une histoire matérielle du féminisme par la présentation d’objets - l’éventail du référendum féminin du 26 avril 1914 en France, les bannières des militantes antinucléaires de Greenham Common - ou des couleurs du mouvement.

AC: Le livre a paru à l’occasion du 8 mars 2024 mais il ne comporte pas d’entrée sur l’histoire du 8 mars, journée internationale des droits des femmes. Pourquoi ?

FT: L’ouvrage, qui ne pouvait être exhaustif, ne contient pas d’entrée spécifique sur la longue histoire du 8 mars, mais divers éléments dans les textes ou l’iconographie en font état. Le choix du jour, en lien avec la révolution russe, est précisé dans la légende d’une photographie. Sont également présentés le 8 mars 1979 à Téhéran - ample manifestation contre le décret de l’ayatollah Khomeini qui, au pouvoir depuis deux mois, impose le port du voile au travail - et le 8 mars 1984 à Buenos Aires, où les Argentines, qui sortent d’une féroce dictature, défilent pour leurs droits, notamment à l’avortement - obtenu seulement en 2020 et déjà remis en cause. L’ouvrage fait connaitre l’avocate Dora Coledeski (1928-2009), grande figure de ce combat.

AC: Pouvez-vous présenter une notice que vous avez rédigée?

FT: J’ai rédigé 9 notices, certaines sur la France, comme le suffragisme français à la veille de la Grande Guerre ou le combat de l’association La Maternité heureuse, née en 1956 et qui devient en 1960 le Mouvement français pour le planning familial, d’autres plus internationales. Je vous présente celle intitulée «Genève, 6 février 1932: militer pour le désarmement».

Genève est depuis 1919 le siège de l’Organisation internationale du travail et de la Société des nations. Au début des années 1930, celle-ci prépare une convention pour le désarmement, à débattre lors d’une conférence qui s’ouvre le 2 février 1932. Les opinions publiques ont été appelées à se faire entendre. Dans ce cadre, les féministes, qui soutiennent depuis le début l’action de la SDN, se mobilisent à l’initiatives de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté, née du congrès pacifiste de La Haye en 1915. La féministe et pacifiste néerlandaise Rosa Manus (1881-1942) est la cheville ouvrière d’une vaste campagne de pétitions qui, assurée par un Comité d’entente des grandes organisations internationales, recueille 8 millions de signatures féminines. Le 5 février, les paquets de pétitions circulent dans Genève sur un camion qui arbore la banderole: «Les femmes demandent le désarmement». Le 6, les paquets sont solennellement déposés au pied de la tribune de la Conférence par quatre représentantes de chaque pays signataire. Marguerite Thibert est l’une des Françaises; dans un contexte de tensions internationales, elle est, malgré l’ampleur de la mobilisation, déjà sceptique sur le succès de la Conférence qui fut effectivement un échec.

Militante d’envergure, juive assassinée par les nazis en 1942, Rosa Manus est également présente dans une autre notice rédigée par Francisca de Haan. Elle joue en effet un rôle clé dans l’élaboration et le développement des Archives internationales du mouvement féministe, institution qui ouvre en 1935 et existe toujours: collecter, préserver des documents pour garder trace des combats et instruire les générations futures.

AC: Pouvez-vous présenter la notice d’une autre autrice, notice qui vous a particulièrement intéressée?

FT: Toutes les entrées de cet ouvrage sont passionnantes et, comme Yannick Ripa, j’ai beaucoup appris sur des féminismes peu connus en concevant l’ensemble. Je choisis de parler ici de l’Afghanistan, où la condition des femmes est tristement d’actualité. Ce pays est évoqué deux fois, sous la plume d’une jeune États-Unienne, Marya Hannun.

Dans les années 1920, après l’indépendance acquise en 1919, un premier féminisme afghan est impulsé par la reine réformatrice Suraya Tarzi, qui réglemente la polygamie, interdit le mariage des enfants, développe l’éducation des filles, prône une certaine liberté vestimentaire. Il touche surtout les villes et la guerre civile qui débute en 1928 contraint le roi à abdiquer et sa famille à l’exil.

En 1977, la poétesse militante Meena Keswar Kamal fonde l’association révolutionnaire des femmes d’Afghanistan (RAWA en anglais), pour défendre les droits des femmes dans la république autoritaire de Mohammad Daoud Khan. Lorsque le pays est envahi par les troupes soviétiques en 1979, l’association s’exile au Pakistan et vient en aide aux femmes et enfants réfugiés. Porteuse d’un projet de société laïque et démocratique, Meena Keswar Kamal s’oppose à la fois à l’occupation soviétique et à la résistance islamiste conservatrice. Elle est assassinée en 1987 à 31 ans, un an après son mari maoïste. RAWA poursuit son activité clandestine encore aujourd’hui.

AC: Pourquoi n’y a-t-il pas de notices sur la période récente (2000-2024)?

FT: Pour deux raisons au moins. Tout d’abord, l’ouvrage est un livre d’histoire, écrit majoritairement par des historiennes. Le très contemporain relève plus de l’actualité que de l’approche historique. Par ailleurs, les vingt dernières années auraient nécessité, à elles seules, un très grand nombre d’entrées qui ne pouvait correspondre au format proposé. Un ouvrage à part entière pourrait, en effet, être consacré aux manifestations féministes et antiféministes du 21e siècle.

Si la dernière notice concerne l’année 2000, où se tient, à Tokyo, un tribunal international des femmes sur les crimes commis par l’armée japonaise durant la guerre Asie-Pacifique (1931-1945), elle est suivie d’une postface intitulée «Une histoire sans fin». Rédigée par Yannick Ripa et moi-même, comme toutes les introductions qui donnent sens aux diverses parties chronologiques, elle nous a paru nécessaire. Nous y avons envisagé les nouveautés du 21e siècle - l’ample vague Metoo, l’affirmation des mouvements LGBT+ et de l’écoféminisme - dans une perspective historique qui en précise les contours. Nous avons également souligné que les acquis, comme le droit à l’avortement, peuvent être remis en cause. Nous avons enfin insisté sur la diversité du paysage mondial de la condition des femmes. Cette diversité impose à nos yeux une solidarité envers celles qui subissent dictatures et intégrismes religieux, et luttent pour des droits élémentaires: circuler librement, recevoir une éducation, travailler, s’habiller selon son désir…. C’est cela aussi la réalité d’aujourd’hui. Ne l’oublions pas.

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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Accepted: June 21, 2024

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