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</front><body><![CDATA[ <p><b>Emergence du f&eacute;minin et d&eacute;mocratisation du politique</b></p>     <p>&nbsp;</p> 	    <p><b>Maria de Lourdes Pintasilgo</b></p>          <p>&nbsp;</p>     <p>Le pari qui soustend notre réflexion sur les femmes n’est pas un pari de 	<b>sauvegarde </b>des choses telles qu’elles sont mais de <b>changement  	radical</b> des domaines où elles interviennent.</p> 	    <p>Nous commençons à atteindre une certaine <b>masse critique</b>, ce qui  	veut dire la capacité de <b>libération d’une nouvelle énergie</b>.</p> 	    <p>Atteindre une masse critique <b>capable d’apporter une différence </b>est  	pour moi le but au-delà de tous les efforts pour obtenir l’égalité  	d’opportunités. C’était l’«<b>hidden agenda</b>» pendant longtemps – c’est  	le but explicite aujourd’hui.</p> 	    <p>C’est pourquoi là où les femmes font défaut, là où l’accès est en quelque  	sorte limité, il faudra toujours s’interroger sur les discriminations à  	l’oeuvre et sur les moyens nécessaires pour les éliminer et pour les  	compenser.</p> 	    <p>Le <b>droit à l’accès</b>, avec les actions positives pour l’égalité  	d’opportunités, n’est qu’une étape – indispensable, certes – pour faire  	advenir les femmes à leur pleine citoyenneté.</p> 	    <p>Tant que nous restons sur ce droit-là, nous voyons les femmes en tant  	qu’objet d’une discrimination sociale d’abord, en tant qu’<b>objet</b> d’une  	législation protectrice ensuite.</p> 	    ]]></body>
<body><![CDATA[<p>Or la présence d’un nombre déjà significatif de femmes dans des centres  	de décision nous amène à poser d’ores et déjà la question essentielle de  	l’étape suivante : les femmes, devenant <b>sujet</b> du pouvoir de décision,  	quelle est/doit être leur contribution spécifique ? Ou, en d’autres termes,  	les femmes ayant un pouvoir de décision – <b>quelle différence? pourquoi  	faire</b>?</p> 	    <p>Pour répondre à ces questions, il est important de regarder <b>le cadre  	des événements et des idées</b> qui commencent à dessiner les contours des  	années 90. Face à un dessin qui est encore caractérisé par l’<b>incertitude</b>,  	par des variables qui sont inconnues, nous sommes <b>tous</b> et <b>toutes</b>,  	hommes et femmes, dépourvus d’instruments et de solutions.</p> 	    <p>C’est un moment où l’intervention des femmes peut devenir opportune et  	décisive. Elles sont <b>dépositaires</b> d’attitudes et de valeurs requises,  	elles peuvent devenir <b>productrices</b> de réponses originales aux défis  	de l’histoire présente.</p> 	    <p>L’égalité d’accès aux fonctions de prise de décision politique est à la  	fois «inédite et subversive».</p> 	    <p>Elle est inédite parce que, d’un côté, elle n’a jamais été pleinement  	réalisée et, d’un autre côté, parce que nous ne connaissons pas encore son  	aboutissement.</p> 	    <p>Elle est subversive dans la mesure où elle oblige à un changement de  	paradigme dans le domaine le plus fondamental des rapports – celui de la  	relation homme-femme, non seulement au niveau interpersonnel mais surtout au  	niveau de la distribution des fonctions dans le corps social.</p> 	    <p>Le politique, dans ses fonctions électives dont nous parlons ici, n’a de  	véritable épaisseur humaine que dans la mesure où il s’exprime en cohérence  	profonde avec <i>la dimension politique de tous nos actes et de toutes nos  	paroles</i>.</p> 	    <p>Nous nous bornerons à attirer l’attention sur ce que peut être l’apport  	des femmes au politique pour le <b>changer du dedans</b>. Nous insistons sur  	ce mot <i>changement</i> : il est la loi de la vie, l’exigence d’une vie  	meilleure sur la planète – l’humanité est loin d’être arrivée à résoudre  	tous les problèmes qui lui sont posés par sa propre évolution. C’est  	pourquoi le changement demeure le critère et l’horizon d’une participation  	réussie à la vie politique. A la limite, il n’y a que cela qui compte : les  	femmes dans la politique, oui; mais pour que la politique réponde davantage  	aux vrais problèmes des personnes et des peuples.</p> 	    <p>&nbsp;</p> 	    <p><b>1. La présence des femmes dans la politique</b></p> 	    ]]></body>
<body><![CDATA[<p>Les travaux de la Décennie des Femmes et les innombrables études qui sont  	parues depuis, montrent, en rendant <b>objectif</b> ce que chaque femme  	connaît <b>subjectivement</b>, que nous avons des expériences qui se  	recoupent au-delà des différences de nationalité, d’aire géopolitique, d’âge  	ou de culture. De ce fait, les femmes constituent <i>la catégorie sociale la  	plus internationale</i>, qui est en train d’émerger dans la société  	contemporaine.</p> 	    <p>Ce qui veut dire que la présence des femmes dans la vie politique n’est  	plus <b>une question marginale</b>. Il y va de l’orientation de toute la  	société – depuis ses fondements jusqu’à ses clés de voûte. Il y va du  	devenir même de l’exercice du pouvoir politique.</p> 	    <p>En effet, l’accès des femmes aux postes de prise de décision et de hautes  	responsabilités dans le domaine politique a une valeur sociale et culturelle  	décisive pour le futur. En rétablissant l’équilibre et la parité des droits  	entre les deux groupes sociaux hommes et femmes, ce n’est pas uniquement une  	question de justice: c’est toute tentative de marginalisation de n’importe  	quelle catégorie sociale qui est mise en échec. La levée des interdits qui  	pèsent sur les occupations des femmes contribue à annuler des tabous qui les  	ramènent à des fonctions et rôles figés et qui ont leurs racines dans les  	couches profondes des différentes cultures. Ainsi s’élargit aussi dans  	l’imaginaire collective et, au premier chef, dans celui des femmes  	elles-mêmes, l’éventail de possibilités qui leur sont ouvertes dans la  	gestion des choses publiques.</p> 	    <p>Mais il n’y a pas que des conséquences positives. Très souvent, pour  	fonctionner sur un pied d’égalité avec les hommes, les femmes ont été  	contrainte <b>d’assimiler les valeurs culturelles masculines</b> qui  	régissent la vie dans l’espace publique. Le simple accès se fait souvent aux  	dépens du <b>refoulement par les femmes elles-mêmes</b> (dans l’effort que  	nous faisons pour une adaptation à outrance) <b>des valeurs et de la culture  	féminines</b>.</p> 	    <p>L’égalité, quand elle devient «une intégration unilatérale des femmes au  	monde des hommes» peut créer <i>une nouvelle forme d’inégalité</i>.  	L’invisibilité et le silence qui en découlent pèsent d’un poids accru sur le  	féminin. Ils représentent un immense gaspillage d’un potentiel inédit  	d’innovation et de renouvellement de la vie sociale et politique.</p> 	    <p>Face à une telle situation, on peut parler des effets pervers des  	mécanismes qui se sont mis en marche pour l’égalité dans le domaine  	politique. C’est une vaste panoplie de nouveaux problèmes dont le moindre  	n’est pas la triple tâche que les femmes engagées politiquement doivent  	porter sur leurs épaules. L’absence d’une expression nette de la culture des  	femmes n’est pas uniquement une perte pour elles-mêmes mais aussi l’absence  	d’un apport nouveau à la mise en place de structures démocratiques et  	politiques publiques adéquates à la société d’aujourd’hui.</p> 	    <p>&nbsp;</p> 	    <p><b>2. Les mutations en cours</b></p> 	     <blockquote>       <p>– <b>L’interdépendance </b>politique au niveau mondial;</p>       ]]></body>
<body><![CDATA[<p> – le choix d’une <b>voie démocratique</b> par la plupart des Etats;</p>       <p> – l’universalitation du modèle <b>économique occidental</b>;</p>       <p> – l’accroissement de tous les aspects de<b> la misère </b>dans les pays      du Sud, dans un cadre de dépendance passive à l’égard du Nord;</p>       <p> – l’émergence de l’<b>environnement</b> en tant que <b>nouvel acteur social</b>.</p> </blockquote>     <p>Nous allons faire une brève référence à chacun de ces éléments pour que  	le <b>pouvoir de décision des femmes apparaisse dans toute son ampleur</b>.</p> 	    <p><i><b>2.1. Interdépendance dans tous les aspects de l’activité humaine</b></i></p> 	    <p>Une ère inédite <b>d’interdépendance</b> s’ouvre pour le monde. A  	l’interdépendance économique ressentie pendant les dernières décennies comme  	contrainte, à l’interdépendance politique qui était le résultat de  	l’affrontement latent de deux blocs, succède <b>une interdépendance nouvelle  	qui relie les peuples les uns aux autres dans tous les aspects de la vie et  	de l’activité humaine.</b></p> 	    <p>La gestion d’une telle interdépendance ne s’accommode plus de diplomaties  	dilatoires, ni de manoeuvres habiles destinées souvent à défendre à tout  	prix des intérêts nationaux, en l’absence de toute référence à l’intérêt  	global de l’humanité.</p> 	    <p>En elle pointe un <b>nouvel ordre mondial </b>où la coopération dépassera  	le cadre de <b>la négociation</b> conduite par la <b>loi des avantages  	réciproques</b>, et deviendra un effort d’ensemble pour faire face aux  	problèmes des peuples.</p> 	    <p>C’est pourquoi «la gestion de cette ère nouvelle demande de nouveaux  	instruments, une nouvelle définition entre intérêts nationaux et intérêts  	mondiaux et de<b> nouvelles formes de direction politique</b>».</p> 	    ]]></body>
<body><![CDATA[<p>Les objectifs à atteindre ne sont plus <b>isolés à l’intérieur des  	frontières</b> mais profondément liés les uns aux autres – à travers la  	situation économique et monétaire mondiale, à travers les saccages faits à  	l’environnement global, à travers la conscience acquise au niveau des droits  	humains.</p> 	    <p>Ils introduisent ainsi des facteurs nouveaux dans l’agencement des  	rapports sociaux, voire régionaux et internationaux.</p> 	    <p><b>La souveraineté</b> s’y trouve profondément impliquée.</p> 	    <p>Elle peut être envisagée entre deux pôles:</p> 	    <blockquote> 		    <p>– d’un côté, celui d’une souveraineté <b>consciemment déléguée</b>:  		c’est, dans le cas de la CEE, tout <b>l’acquis communautaire</b> et  		l’évaluation systématique de la pertinence de cet acquis dans chaque  		situation nationale et régionale;</p>     <p> 		– d’un autre côté, celui d’une <b>souveraineté élargie</b>: tel est le  		sens d’un partage de <b>responsabilités dans toutes les institutions  		communautaires</b>.</p> 	</blockquote> 	    <p>Pour ce faire, les objectifs politiques ne peuvent plus être uniquement  	le fruit des délibérations à haut niveau des institutions politiques.</p> 	    <p>Il faut qu’ils engagent les citoyens et les citoyennes, qu’ils soient  	l’expression d’un <b>vouloir commun</b>.</p> 	    <p>Ce n’est qu’à cette condition-là que l’on pourra dire de <b> 	l’interdépendance subie comme un fait</b> qu’elle est <b>une solidarité  	voulue et consentie</b>.</p> 	    ]]></body>
<body><![CDATA[<p><i><b>2.2. L’approfondissement et le renouveau de la démocratie</b></i></p> 	    <p>L’établissement d’Etats de droits, la défense des droits humains, les  	élections libres et le multipartisme sont devenus les piliers d’un ordre  	interne nouveau.</p> 	    <p>La <b>démocratie représentative</b>, telle qu’elle existe en Occident,  	est devenue la norme du fonctionnement politique des Etats.</p> 	    <p>Or l’universalité acquise par la démocratie a lieu à un moment de  	l’histoire politique où <b>la démocratie</b> elle-même est soumise à un  	profond <b>questionnement </b>dans le continent qui l’a vu naître.</p> 	    <p>Les citoyens, las d’un jeu politique qui ne concerne en fait qu’une  	minorité, s’éloignent des institutions politiques. Un discrédit généralisé  	touche celles-ci. La représentation démocratique devient de plus en plus  	vide de véritable représentativité.</p> 	    <p>La classe politique – entendons par là les nomenklatura de tous bords –  	s’inscrit dans le corps social dans une position inverse de sa raison d’être.  	Elue pour représenter des courants d’opinion vivante parmi les citoyens,  	elle finit par essayer à tout prix de «vendre son produit», d’influencer.  	Une classe politique professionnelle, déjà mise en question dans les années  	70, est aujourd’hui acceptée avec résignation et distance.</p> 	    <p>Les média ont introduit dans le pouvoir politique des conditions  	nouvelles que l’on n’a pas, jusqu’à présent, réussi à incorporer de façon  	rationnelle et raisonnable à la relation élus/électeurs. Il s’agit là d’une 	<b>médiation</b> qui, pour le moment, est erratique, aléatoire, déformante  	de la réalité sur laquelle elle est supposée informer.</p> 	    <p><i><b>2.3. Le Marché au service d’un projet de société</b></i></p> 	    <p>Le nouvel ordre mondial qui se dessine est aussi caractérisé par un seul  	système régissant les échanges entre les groupes et les peuples : nous  	sommes devant <b>l’économie de marché à l’échelle mondiale</b>.</p> 	    <p>En effet, l’économie a envahi tout l’espace du réel. A un point tel que  	le concept économique <b>d’ajustement structurel</b> est devenu, dans de  	grandes instances internationales, le remplaçant du concept même de «projet  	de société». En se définissant comme «l’ensemble des transformations qui  	permettent le fonctionnement équilibré de l’économie», il soumet <b>tout</b>  	à l’économie.</p> 	    ]]></body>
<body><![CDATA[<p>Or le marché, dans ses lois naturelles, est aveugle à ce qui n’est pas  	monnayable : il ne voit pas «la pauvreté» pas plus qu’il ne voit «l’environnement».  	Bien sûr, il ne voit pas «les femmes» en dehors de leur force de travail.</p> 	    <p>Des mécanismes régulateurs du marché sont indispensables pour que  	l’économiesoit, à toutes ses étapes, au service des hommes.</p> 	    <p>La sauvegarde de l’humanité, la protection des plus faibles, de ceux qui  	se trouvent momentanément démunis devient urgente. Mais au-delà de ces  	aspects concrets, c’est l’ampleur de l’action politique elle-même qui est en  	cause. Il nous faut une nouvelle gestion.</p> 	    <p><i><b>2.4. Redressement du désordre international</b></i></p> 	    <p>A l’encontre de cet ordre nouveau et des espoirs qu’il suscite, augmente  	le <b>désordre international</b>.</p> 	    <p>L’état de carence de l’hémisphère Sud, l’éclatement de structures qui  	jusqu’ici semblaient lui venir en aide, le découragement qui gagne des  	populations et des dirigeants face à un hémisphère Nord aux prises avec ses  	propres affaires sont des aspects de ce désordre.</p> 	    <p>Ces peuples sont trop conscients du fait qu’une nouvelle zone de  	sous-développement s’est ouverte à côté d’une Europe dont ils attendaient  	l’appui pour un développement soutenu.</p> 	    <p>Nous n’avons pas encore suffisamment compris et travaillé à l’échelle  	planétaire les conséquences des événements de ces dernières années.</p> 	    <p>Mais il devient chaque jour plus urgent de <b>secouer nos institutions</b>,  	tant au Sud qu’au Nord, tant celles qui opèrent au niveau national que  	celles qui ont une responsabilité internationale pour obtenir une <b> 	restructuration</b> et une <b>adéquation </b>de nos outils politiques à la  	nouvelle donne mondiale.</p> 	    <p><i><b>2.5 L’environnement – nouvel acteur social</b></i></p> 	    ]]></body>
<body><![CDATA[<p>Un dernier élément manque à ce tableau complexe : l’entrée en scène, en  	termes fracassants, d’un <b>nouvel acteur social</b>, l’environnement.</p> 	    <p>Car ne nous y trompons pas – comme d’ailleurs ne s’y sont pas trompés les  	34 dans la Charte de Paris – l’environnement fait partie du politique. Il  	s’est <b>politisé </b>tout seul, comme dans d’autres étapes de la  	civilisation il s’est sacralisé.</p> 	    <p>Il ne s’agit nullement d’un facteur «environnement» mis à côté des  	processus d’industrialisation et d’urbanisation (les deux grands saccageurs  	de la  	nature). Il s’agit, au contraire, d’un nouveau type d’équation où la nature  	intervient au même titre que les matières premières pour l’industrie ou que  	les coûts des voies de communication dans les établissements humains. Dans  	une telle équation est dépassé le principe «pollueur/payeur». Non pas que  	les responsabilités n’y soient déterminées mais parce que l’attention à la  	variable «nature» pourra mettre en question le bien-fondé de n’importe  	quelle initiative.</p> 	    <p>La décision politique, face à ces enjeux, change d’ampleur. Elle se fait  	plus exigeante, à la fois plus complexe et plus orientée vers les personnes,  	plus portée vers l’intersectorialité des enjeux, et plus dialoguante dans  	l’exercice même de son pouvoir.</p> 	    <p>Les femmes y ont une opportunité unique.</p> 	    <p>&nbsp;</p> 	    <p><b>3. L’apport des femmes: réorganisation des rapports sociaux et  	nouveaux modes de gestion de la vie en société</b></p> 	    <p>D’abord la conscience d’appartenir à un <b>mouvement social</b> qui <b> 	n’a pas de frontières</b> – le plus international que l’humanité ait connu –  	devrait placer les femmes dans une situation privilégiée pour renforcer  	l’interdépendance et, surtout, pour y apporter l’élément clé de sa réussite  	: l’affirmation et le respect agissant de la <b>dignité égale</b> de toutes  	les personnes, tous les peuples, tous les pays.</p> 	    <p>Une telle défense des droits fondamentaux sera la meilleure offensive à  	l’encontre d’un nationalisme compétitif à outrance et qui, dans un monde  	interdépendant, continue de vivre autour de son clocher.</p> 	    <p>Deuxièmement, la présence des femmes dans la prise de décision pourra <b> 	nous libérer des bureaucraties</b> qui rongent l’efficacité des décisions.</p> 	    ]]></body>
<body><![CDATA[<p>Les bureaucraties étant à la fois le <b>règne des irresponsabilités</b>  	et la conséquence du <b>compartimentage des problèmes</b>, ce n’est pas une  	mince entreprise que d’y faire face.</p> 	    <p>Mais est-ce que les femmes demandent toutes les mesures dont on a parlé  	ici et qui nous occupent depuis si longtemps pour <b>nourrir des circuits  	inutiles</b>? Faut-il mener bataille contre ce qui s’éloigne de la vie et de  	sa riche complexité?</p> 	    <p>Les femmes portent avec elles une expérience millénaire d’attention à <b> 	l’étroite relation</b> entre <b>toutes</b> les fonctions de la vie. Ce qui  	en chacune est le résultat d’un tel héritage doit être mis en oeuvre pour  	une autre approche de la gestion et du pouvoir de décision.</p> 	    <p>N’importe quelle femme sait qu’il y a une continuelle <b>circularité du  	réel</b>, par où la prise de décision est au service des personnes et des  	peuples. Des priorités qui s’établissent, des urgences qui changent  	l’édifice déjà construit, des adaptations dont il faut assumer le risque.</p> 	    <p>Par contre, les femmes se situent souvent en retrait face aux conditions  	de l’exercice du pouvoir. En effet, leur présence dans le pouvoir  	décisionnel n’aura de sens que dans la mesure où elles contribueront à  	façonner un autre type de rapports sociaux informels et institutionnels, à  	donner une expression vivante et cohérente à la démocratie.</p> 	    <p>Il est facile de constater la capacité spontanée qu’ont les femmes de  	faire entrer en rapport les gens entre eux. Qu’il s’agisse de leur famille,  	d’une occasion sociale, d’un moment de fête ou d’un moment de deuil, si nous  	essayons d’y penser, il y a des figures de femmes qui émergent, <b> 	rassemblant, attentives, tous ceux </b>qui sont là.</p> 	    <p><b>Pourquoi n’en serait-il pas de même dans la prise de décision à un  	autre niveau?</b></p> 	    <p>Il leur revient de découvrir les méthodes adéquates, en ôtant au pouvoir  	son caractère «sacré» et en le rendant accessible à tous ceux qui y ont  	quelque chose à dire.</p> 	    <p>Il leur revient d’aider à façonner une démocratie</p> 	    <blockquote> 		    ]]></body>
<body><![CDATA[<p>– <b>capable de se donner des buts</b>, qui ne s’épuise pas dans la  		satisfaction de ses propres mécanismes,</p>     <p> 		– qui <b>définisse l’horizon</b> vers lequel elle s’achemine sans pour  		autant s’enliser dans l’économique,</p>     <p> 		– qui <b>voit le long terme</b> comme un but et un cadre, comprenant que  		le court terme peut fonctionner parfois à l’encontre du long terme,</p>     <p> 		– une démocratie faite de plusieurs <b>modes</b> et <b>lieux</b> de  		représentation, aucune n’étant à même d’épuiser le sens du réel.</p> 	</blockquote> 	    <p>Et ainsi <b>à la fois</b></p> 	    <blockquote> 		    <p>– une démocratie qui n’ait pas peur de recourir aux formes  		traditionnelles d’expression directe de la volonté populaire (dont le  		referendum local, régional, national, communautaire),</p>     <p> 		– une démocratie qui s’achemine vers la possibilité d’utiliser à fond  		les nouveaux mécanismes de communication en créant des recueils  		instantanés  		d’opinion des citoyens, servant comme références de pilotage décisionnel.</p> 	</blockquote> 	    <p>Aux femmes exerçant un pouvoir décisionnel la tâche d’assumer, de  	répandre et de faciliter les échanges au-delà des frontières, dans la ferme  	conviction que seules les volontés des individus sont à même de bâtir des  	démocraties durables et modernes.</p> 	    <p>Leur présence dans la prise de décision n’a pas à suivre des modèles que  	l’on reconnaît, par ailleurs, périmés. Il faut inventer – vite – des formes  	nouvelles. Il faut donner aux facteurs humains, aux buts humains, la place  	unique et première qui est la leur.</p> 	    ]]></body>
<body><![CDATA[<p><b>La préservation de toutes les formes</b> de la vie n’est pas une  	attitude défensive. C’est un <b>renversement de l’optique dominante</b>, de 	<b>la logique</b> qui prévaut. C’est l’inauguration d’une ère radicalement  	nouvelle dans les 200 ans d’industrialisation.</p> 	    <p>Est-ce que les femmes veulent devenir <b>protagonistes</b> d’un tel  	renversement? Tout, en elles, semble les rendre aptes à une <b>perception,  	de l’intérieur, de la nouvelle logique</b>.</p> 	     <p>Une condition est cependant indispensable: que les femmes laissent advenir    en elles la culture dont elles sont pétries en tant que femmes. Surtout qu’elles    accomplissent en elles le travail de transparence et de lucidité qui les rende    aptes à saisir ce moment de l’histoire en tant que sujet autonome, libre et    original. A cause du futur, à cause des multiples enjeux des années 90.</p> 	     ]]></body>
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