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<article-title xml:lang="fr"><![CDATA[Quels médias pour se ré-approprier une voix? L'investissement d'internet par le mouvement dalit]]></article-title>
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<abstract abstract-type="short" xml:lang="en"><p><![CDATA[This presentation is aiming at exposing the media strategy of the dalit movement, an Indian social movement lead by activists, who belong to the so-called « untouchable » populations. This study is especially centered on the way they build media spaces that are seen as both free and safe, allowing them to produce discourses within their community through the mobilisation of the socio-technical tools of the internet. We will expose to begin with the relationship of this movement with the Indian media, marked by a strong rejection fed by a feeling of exclusion. Then, we shall discuss their occupation and mobilisation strategies on the online space, perceived as a place of memory, a safe bubble, as well as an ideological battlefield.]]></p></abstract>
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</front><body><![CDATA[ <p><b>Quels m&eacute;dias pour se r&eacute;-approprier une voix?&nbsp;</b><b>L&rsquo;investissement d&rsquo;internet par le mouvement dalit.</b></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><b>Floriane Zaslavsky *</b></p>     <p>* Doctorante &agrave; l&rsquo;&Eacute;cole des Hautes &Eacute;tudes en Sciences Sociales (Centre d&rsquo;&Eacute;tudes de l&rsquo;Inde et de l&rsquo;Asie du Sud), EHESS - 190-198 Avenue de France, 75013 Paris, France. (<a href="mailto:floriane.zas@ehess.fr">floriane.zas@ehess.fr</a>)</p>     <p>&nbsp;</p>     <p><b>R&Eacute;SUM&Eacute;</b></p>     <p>Cette communication s&rsquo;attache &agrave; exposer la strat&eacute;gie m&eacute;diatique du mouvement dalit, mouvement social indien port&eacute; par des militants appartenant aux populations consid&eacute;r&eacute;es comme intouchables. La pr&eacute;sente &eacute;tude est particuli&egrave;rement centr&eacute;e sur la construction par ces militants d&rsquo;espaces m&eacute;diatiques &agrave; la fois libres et s&eacute;curis&eacute;s, qui permettent la production d&rsquo;un dialogue, puis d&rsquo;un discours communautaire, &agrave; travers la mobilisation des dispositifs socio-techniques d&rsquo;internet. Sera expos&eacute; dans un premier temps le rapport aux m&eacute;dias de masse de ce mouvement, marqu&eacute; par un rejet qui accompagne un fort sentiment d&rsquo;exclusion. Puis, nous examinerons leurs strat&eacute;gies d&rsquo;occupation et de mobilisation de l&rsquo;espace web comme lieu de m&eacute;moire, bulle s&eacute;curis&eacute;e, et champ de bataille id&eacute;ologique.</p>     <p><b>Mots cl&eacute;s</b>: Internet; mouvements sociaux; Inde; mobilisation en ligne; dalit.</p>     <p>&nbsp;</p>     <p><b>ABSTRACT</b></p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p>This presentation is aiming at exposing the media strategy of the dalit movement, an Indian social movement lead by activists, who belong to the so-called &laquo;&nbsp;untouchable&nbsp;&raquo; populations. This study is especially centered on the way they build media spaces that are seen as both free and safe, allowing them to produce discourses within their community through the mobilisation of the socio-technical tools of the internet. We will expose to begin with the relationship of this movement with the Indian media, marked by a strong rejection fed by a feeling of exclusion. Then, we shall discuss their occupation and mobilisation strategies on the online space, perceived as a place of memory, a safe bubble, as well as an ideological battlefield.</p>     <p><b>Keywords:</b> Internet, social movements, India, online mobilisation, dalit.</p>     <p>&nbsp;</p>     <p><b>Un public &agrave; la marge</b></p>     <p>La soci&eacute;t&eacute; indienne est aujourd&rsquo;hui encore profond&eacute;ment marqu&eacute;e par le syst&egrave;me de castes et la hi&eacute;rarchisation qui en d&eacute;coule. Au-del&agrave; des quatre m&eacute;ta-cat&eacute;gories appel&eacute;es <i>varnas</i> (terme qui signifie &laquo;&nbsp;couleur&nbsp;&raquo; en sanskrit) <sup><a href="#1">1</a></sup><a name="top1"></a> et d&eacute;finies dans les textes sacr&eacute;s de l&rsquo;Hindouisme<sup><a href="#2">2</a></sup><a name="top2"></a>, les castes sont des groupes sociaux endogames organis&eacute;s suivant un axe hi&eacute;rarchique strict. Il en existe des milliers sur l&rsquo;ensemble du territoire indien, correspondant g&eacute;n&eacute;ralement &agrave; une activit&eacute; professionnelle, et la position de chaque caste varie localement selon les autres castes en copr&eacute;sence<sup><a href="#3">3</a></sup><a name="top3"></a>. Exclues de ce principal syst&egrave;me car jug&eacute;es trop impures, les populations anciennement dites &laquo;&nbsp;intouchables&nbsp;&raquo; repr&eacute;sentent 16,6%<sup><a href="#4">4</a></sup><a name="top4"></a> de la population indienne et sont d&eacute;sign&eacute;es par l&rsquo;administration par le terme de &laquo;&nbsp;Scheduled Castes&nbsp;&raquo; (SC)<sup><a href="#5">5</a></sup><a name="top5"></a>. Ces &laquo;&nbsp;Castes r&eacute;pertori&eacute;es&nbsp;&raquo; ex&eacute;cutent des travaux aussi p&eacute;nibles que n&eacute;cessaires au bon fonctionnement de la soci&eacute;t&eacute; (comme l&rsquo;&eacute;quarrissage des b&ecirc;tes, la gestion des d&eacute;chets, mais aussi l&rsquo;aide aux femmes en couche ou parfois la pratique de la musique). Si l&rsquo;intouchabilit&eacute; a &eacute;t&eacute; abolie par l&rsquo;article 17 de la Constitution indienne de 1950, elle reste pratiqu&eacute;e et peut se manifester de diff&eacute;rentes mani&egrave;res : s&eacute;gr&eacute;gation spatiale, interdiction de porter certains v&ecirc;tements, de rentrer dans les temples, gobelets s&eacute;par&eacute;s chez les vendeurs de th&eacute;<sup><a href="#6">6</a></sup><a name="top6"></a>, etc. Notons que le continuum hi&eacute;rarchique entre castes existe dans l&rsquo;ensemble des groupes sociaux, y compris chez les SC, au sein desquelles l&rsquo;intouchabilit&eacute; peut aussi &ecirc;tre pratiqu&eacute;e.</p>     <p>C&rsquo;est pour lutter contre ces discriminations que des mouvements anti-caste se sont d&eacute;velopp&eacute;s au sein de ces communaut&eacute;s, prenant de l&rsquo;ampleur dans les ann&eacute;es 1920 sous l&rsquo;influence de penseurs intouchables au premier rang desquels figure l&rsquo;immense intellectuel B.R. Ambedkar. Ce dernier incita notamment ces populations &agrave; s&rsquo;&eacute;manciper du syst&egrave;me de castes par l&rsquo;&eacute;ducation, l&rsquo;entreprenariat, et la conversion religieuse<sup><a href="#7">7</a></sup><a name="top7"></a>. Aujourd&rsquo;hui, la majeure partie des militants anti-castes issus des rangs intouchables se reconnaissent comme militants <i>&laquo;&nbsp;dalits&nbsp;&raquo;</i>. Ce terme marathi<sup><a href="#8">8</a></sup><a name="top8"></a> est lui-m&ecirc;me vecteur de sens&nbsp;: signifiant &laquo;&nbsp;opprim&eacute;&nbsp;&raquo;, son utilisation par les activistes rel&egrave;ve d&rsquo;un choix politique, autant qu&rsquo;il sonne comme un refus conjoint de la nomenclature impos&eacute;e de l&rsquo;impuret&eacute; et de la rh&eacute;torique gandhienne per&ccedil;ue comme victimaire autant que paternaliste (Gandhi les appelait &laquo;&nbsp;harijan&nbsp;&raquo;, que l&rsquo;on peut traduire par &laquo;&nbsp;enfant de Dieu&nbsp;&raquo;<sup><a href="#9">9</a></sup><a name="top9"></a>). Pour reprendre les termes de l&rsquo;anthropologue Nicolas Jaoul, ce mot doit &ecirc;tre compris comme une &laquo;&nbsp;image de l&rsquo;&eacute;crasement, qui constitue une accusation contre la soci&eacute;t&eacute; de castes&nbsp;&raquo; (Jaoul, 2014).</p>     <p>Cette affirmation tant s&eacute;mantique que politique se rattache par ailleurs &agrave; l&rsquo;&eacute;closion puis au d&eacute;veloppement d&rsquo;une conscience et d&rsquo;une lutte, comme le souligne la sp&eacute;cialiste du mouvement Eleanor Zelliot, dans son introduction &agrave; la troisi&egrave;me &eacute;dition de son ouvrage classique From Untouchable to Dalit - titre employ&eacute; justement &laquo;&nbsp;afin d&rsquo;indiquer l&rsquo;id&eacute;e que les intouchables d&rsquo;Inde se sont choisis eux-m&ecirc;mes une nouvelle identit&eacute; &raquo;<sup><a href="#10">10</a></sup><a name="top10"></a> <i><sup>_</sup></i>(Zelliot, 2001). Pourtant, il serait erron&eacute; de pr&eacute;senter ce mouvement comme un public homog&egrave;ne. Marqu&eacute; par d&rsquo;importantes fractures communautaires et id&eacute;ologiques<sup><a href="#11">11</a></sup><a name="top11"></a>, le mouvement dalit correspond bien &agrave; ce que Nancy Fraser d&eacute;finit dans sa relecture d&rsquo;Habermas comme des &laquo;&nbsp;contre-publics subalternes&nbsp;&raquo;: &agrave; la marge de l&rsquo;espace public dominant, &agrave; la fois polycentr&eacute;s et contradictoires (Fraser, 1992).</p>     <p>La th&eacute;matique abord&eacute;e au cours de cette communication rejoint ce cheminement politique et social. Nous nous int&eacute;ressons en effet &agrave; un pan de la strat&eacute;gie m&eacute;diatique d&eacute;ploy&eacute;e par ce public afin de rompre avec les repr&eacute;sentations qui lui sont impos&eacute;es, et retrouver par cette man&oelig;uvre une voix qui lui est propre. Nous centrons ce travail sur l&rsquo;utilisation d&rsquo;internet, autour des questions suivantes: comment les outils sociotechniques du web peuvent-il &ecirc;tre utilis&eacute;s par un mouvement social pour construire des espaces clos dans le but d&rsquo;&eacute;laborer un discours coh&eacute;rent et commun, mais aussi de b&eacute;n&eacute;ficier d&rsquo;une visibilit&eacute; accrue ? Quel est le moteur de cette d&eacute;marche d&rsquo;apr&egrave;s les militants qui la portent&nbsp;? Qu&rsquo;implique-t-elle pour les acteurs qui la mettent en &oelig;uvre, en termes de r&eacute;flexivit&eacute; et de cadrage des discours militants?</p>     <p>Nous pr&eacute;senterons dans un premier temps un discours dominant parmi ces militants qui consiste en une violente critique du milieu de la presse indienne, avant de d&eacute;crire et d&rsquo;analyser leur strat&eacute;gie d&rsquo;investissement d&rsquo;internet entre espaces clos et s&eacute;curis&eacute;s, et champ de bataille id&eacute;ologique.</p>     <p>&nbsp;</p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p><b>Une approche ethnographique r&eacute;ticulaire</b></p>     <p>La &laquo;&nbsp;politique de terrain&nbsp;&raquo; (Olivier de Sardan, 1995) adopt&eacute;e a connu deux temps: d&rsquo;abord des observations faites en ligne et qui ont permis un premier rep&eacute;rage d&rsquo;interlocuteurs pertinents. Les donn&eacute;es ici pr&eacute;sent&eacute;es r&eacute;sultent de ce travail ethnographique, qui a suivi une approche r&eacute;ticulaire. La nature mobile de ce travail est apparue beaucoup plus adapt&eacute;e au choix fait d&rsquo;&eacute;tudier un r&eacute;seau d&rsquo;acteurs et non les manifestations du mouvement dans un lieu strictement d&eacute;limit&eacute;. Eva-Maria Hardtmann, dans la retranscription de son ethnographie de longue haleine du mouvement dalit, souligne l&rsquo;importance de &laquo;&nbsp;structurer le terrain autour d&rsquo;interrelations, non prioritairement en termes de lieux, mais comme un champ de relations qui importent aux personnes impliqu&eacute;es dans la recherche&nbsp;&raquo; (Hardtmann, 2009)<sup><a href="#12">12</a></sup><a name="top12"></a><sup>_</sup>. Ces interrelations ont donc entra&icirc;n&eacute; l&rsquo;adoption d&rsquo;un processus &eacute;volutif de recherche nomade, d&eacute;coup&eacute;e en plusieurs phases. La premi&egrave;re, essentiellement en ligne, a permis d&rsquo;identifier une s&eacute;rie d&rsquo;acteurs mobilis&eacute;s sur diff&eacute;rentes plateformes internet (blogs, r&eacute;seaux sociaux num&eacute;riques, sites d&rsquo;information ou institutionnels). Ces derniers ont constitu&eacute; des portes d&rsquo;entr&eacute;es une fois sur le terrain, en Inde, o&ugrave; soixante-douze entretiens semi-directifs, des groupes de discussions, et des sessions d&rsquo;observation directe ont &eacute;t&eacute; men&eacute;s : d&rsquo;abord entre f&eacute;vrier et avril 2014, puis d&rsquo;octobre 2014 &agrave; f&eacute;vrier 2015<sup><a href="#13">13</a></sup><a name="top13"></a>. La rencontre avec ces interlocuteurs s&rsquo;est faite via trois points d&rsquo;entr&eacute;e principaux : deux f&eacute;d&eacute;rations nationales d&rsquo;organisations dalits, des associations &eacute;tudiantes, des activistes ind&eacute;pendants dont l&rsquo;activit&eacute; en ligne constitue le principal moyen d&rsquo;expression politique. Soulignons qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une typologie avant tout m&eacute;thodologique, la r&eacute;alit&eacute; de ces formes militantes &eacute;tant marqu&eacute;es par de nombreux recoupements. La majorit&eacute; des entretiens a &eacute;t&eacute; effectu&eacute;e &agrave; New-Delhi (deux ONG y ont &eacute;t&eacute; rencontr&eacute;es, ainsi que les membres de deux syndicats &eacute;tudiants, et plusieurs activistes ind&eacute;pendants). &Agrave; partir de ces premiers contacts, et de leurs interactions (souvent en ligne) avec d&rsquo;autres militants, les terrains de recherche ont &eacute;t&eacute; d&eacute;plac&eacute;s vers d&rsquo;autres lieux&nbsp;: dans le Nord de l&rsquo;Inde (dans la ville de Lucknow), ainsi que dans des r&eacute;gions m&eacute;ridionales (au Maharashtra &ndash; dans les villes de Bombay, Nagpur, et Wardha, ou au Telangana, dans sa capitale Hyderabad<sup><a href="#14">14</a></sup><a name="top14"></a>). Cet itin&eacute;raire s&rsquo;est aussi r&eacute;v&eacute;l&eacute; particuli&egrave;rement int&eacute;ressant du fait de la diversit&eacute; des discours repr&eacute;sent&eacute;s, des id&eacute;ologies et des strat&eacute;gies d&eacute;fendues par des militants qui se connaissent, et sont en contact les uns avec les autres prioritairement en ligne.</p>     <p>Les entretiens ont &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute;s aupr&egrave;s de militants au profil vari&eacute; : bien qu&rsquo;&eacute;tant tous relativement jeunes, ils sont issus de diff&eacute;rentes classes d&rsquo;&acirc;ges (de 20 &agrave; 45 ans), et de diff&eacute;rents milieux sociaux (certains issus de villages recul&eacute;s, avec des parents paysans sans terre, d&rsquo;autres issus d&rsquo;une classe moyenne urbaine plus ais&eacute;e). Ils partagent n&eacute;anmoins plusieurs caract&eacute;ristiques importantes. Tout d&rsquo;abord, tous sont des utilisateurs r&eacute;guliers d&rsquo;internet. Les hommes forment la tr&egrave;s grande majorit&eacute; de ce panel, soit environ 90% des personnes interrog&eacute;es - les femmes rencontr&eacute;es participent &agrave; une plateforme par et pour les femmes <i>dalits </i>et<i> adivasis</i><sup><a href="#15">15</a></sup><a name="top15"></a>). La majorit&eacute; appartient &agrave; la premi&egrave;re g&eacute;n&eacute;ration de leur famille &agrave; &ecirc;tre all&eacute;e &agrave; l&rsquo;universit&eacute;. C&rsquo;est par ailleurs sur les campus qu&rsquo;ils ont commenc&eacute; &agrave; se familiariser avec internet, gr&acirc;ce &agrave; des acc&egrave;s facilit&eacute;s (cyber-caf&eacute;s, biblioth&egrave;ques) tr&egrave;s fr&eacute;quent&eacute;s. Ensuite, ils ne constituent pas un panel &laquo;&nbsp;repr&eacute;sentatif&nbsp;&raquo; des populations dalits dans leur ensemble. Cette question de la repr&eacute;sentativit&eacute; pourrait &ecirc;tre balay&eacute;e d&rsquo;un revers de main si l&rsquo;on prend en consid&eacute;ration la grande vari&eacute;t&eacute; des conditions de vie des diff&eacute;rentes strates des populations SC<sup><a href="#16">16</a></sup><a name="top16"></a>. N&eacute;anmoins, il s&rsquo;agit d&rsquo;une question centrale &agrave; de nombreuses &eacute;tudes portant sur l&rsquo;investissement des nouveaux m&eacute;dias par des mouvements subalternes, qui nous ram&egrave;ne au d&eacute;bat cardinal qui oppose les critiques d&rsquo;un internet per&ccedil;u comme une nouvelle arme du fort, aux tenants enthousiastes d&rsquo;une th&eacute;orie de la d&eacute;mocratisation et de la mobilisation des masses silencieuses (Schlozman, Verba, &amp; Brady, 2010). Elle a d&rsquo;ailleurs &eacute;t&eacute; soulev&eacute;e &agrave; plusieurs reprises au cours des terrains effectu&eacute;s. N&rsquo;est-il pas &eacute;tonnant de se pencher sur l&rsquo;investissement d&rsquo;internet par une poign&eacute;e de militants issus des rangs des populations parmi les plus d&eacute;favoris&eacute;es du sous-continent, alors m&ecirc;me qu&rsquo;une grande partie de celles-ci ne b&eacute;n&eacute;ficie pas m&ecirc;me d&rsquo;un acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;? Notons que cette remarque critique n&rsquo;est pas inconnue des militants eux-m&ecirc;mes, qui r&eacute;torquent y voir une autre forme d&rsquo;expression du &laquo;&nbsp;brahmanisme&nbsp;&raquo;<sup><a href="#17">17</a></sup><a name="top17"></a> ambiant. Une jeune militante d&eacute;clarait ainsi:</p>     <p>     <blockquote>&laquo;&nbsp;Selon moi, l&rsquo;argument selon lequel la quasi majorit&eacute; des dalits n&rsquo;ont pas acc&egrave;s &agrave; internet est un argument de haute-caste&hellip; Aujourd&rsquo;hui, si on veut organiser une manifestation, on utilise les r&eacute;seaux sociaux&nbsp;: c&rsquo;est comme &ccedil;a que nous mobilisons les gens. Ils sont l&agrave; pour mettre en avant les probl&egrave;mes. (&hellip;) D&rsquo;une certaine mani&egrave;re, m&ecirc;me une seule phrase publi&eacute;e par une personne sur un mur (Facebook) est susceptible de contribuer &agrave; la litt&eacute;rature dalit.&raquo;<sup><a href="#18">18</a></sup><a name="top18"></a> </blockquote>     <p></p>     <p>Malgr&eacute; sa croissance tr&egrave;s rapide (49% sur l&rsquo;ann&eacute;e 2015, et 77% dans les zones rurales) le taux de p&eacute;n&eacute;tration d&rsquo;internet est encore aujourd&rsquo;hui relativement faible en Inde&nbsp;: on compte environ 317 millions d&rsquo;utilisateurs r&eacute;guliers (soit aux alentours de 26% du total de la population), qui se connectent essentiellement via leur t&eacute;l&eacute;phone portable<sup><a href="#19">19</a></sup><a name="top19"></a>. Les activistes en ligne y appartiennent &agrave; une forme de &laquo;&nbsp;techno-&eacute;lite&raquo; (Lim, 2006), une minorit&eacute; &eacute;duqu&eacute;e capable de d&eacute;velopper des mani&egrave;res originales d&rsquo;investir les outils sociotechniques du web.&nbsp; Cette &eacute;lite temporaire (Gustaffson &amp; Breindl, 2010) n&rsquo;est pas exempte de critique &ndash; repr&eacute;sentante d&rsquo;une nouvelle forme de domination m&eacute;diatique pour certains, h&eacute;rauts d&rsquo;un militantisme l&acirc;che pour d&rsquo;autres, mais dont l&rsquo;influence sur le &laquo;&nbsp;m&eacute;diactivisme&nbsp;&raquo; est ind&eacute;niable, encourageant de nouvelles formes de mobilisations &laquo;&nbsp;spontan&eacute;es, auto-organis&eacute;es, et d&eacute;centralis&eacute;es&raquo; (Cardon &amp; Granjon, 2010b).</p>     <p>&nbsp;</p>     <p><b>Exclusion des m&eacute;dias mainstream et mise en cause du travail des journalistes</b></p>     <p><b>D&eacute;veloppement d&rsquo;un discours monolithique chez les militants : &laquo;&nbsp;the media cannot be trusted&nbsp;&raquo;</b></p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p>Au cours de chaque entretien, l&rsquo;une des premi&egrave;res questions pos&eacute;es a &eacute;t&eacute; celle du rapport aux m&eacute;dias: sont-ils fiables? Vous y r&eacute;f&eacute;rez-vous? Toutes les r&eacute;ponses s&rsquo;accordent : les m&eacute;dias indiens de masse sont per&ccedil;us comme peu fiables et hostiles au mouvement. Ainsi, les termes les plus fr&eacute;quemment employ&eacute;s par les militants pour les qualifier sont les suivants : <i>&laquo; castistes&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;biais&eacute;s&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;brahmaniques&nbsp;&raquo;<sup>_</sup>. </i>Au cours d&rsquo;un groupe de discussion organis&eacute; avec des membres d&rsquo;un syndicat &eacute;tudiant <i>dalit</i>, l&rsquo;un d&rsquo;entre eux parvint &agrave; clore le d&eacute;bat avec cette d&eacute;finition sans appel : <i>&laquo;C&rsquo;est simple. Je d&eacute;finirais comme &laquo;&nbsp;mainstream&nbsp;&raquo; tout m&eacute;dia qui appartient &agrave; des personnes de haute-caste.&nbsp;&raquo;</i><sup><a href="#20">20</a></sup><a name="top20"></a></p>     <p>Leur principale critique &agrave; l&rsquo;encontre du monde de la presse vise particuli&egrave;rement le mauvais choix des angles de traitement. En abordant en fin de journal et en un ou deux paragraphes des cas d&rsquo;atrocit&eacute;s<sup><a href="#21">21</a></sup><a name="top21"></a> (viol, meurtres, imposition par la violence de discriminations de caste), les journalistes contribueraient &agrave; la victimisation permanente de ces populations. Leurs actes de mobilisation, de revendication et d&rsquo;affirmation de soi sont &agrave; l&rsquo;inverse per&ccedil;us comme trop peu repr&eacute;sent&eacute;s dans l&rsquo;espace public indien. M1, jeune militant &eacute;tudiant, appuie sa critique sur le traitement r&eacute;serv&eacute; par la presse mumbaiite &agrave; la comm&eacute;moration de la mort de B.R. Ambedkar&nbsp;: chaque 6 d&eacute;cembre &agrave; Mumbai, des centaines de milliers de personnes se retrouvent pour c&eacute;l&eacute;brer la m&eacute;moire du Grand Homme, disparu en 1956. Elles viennent de toute la r&eacute;gion, voire de tout le pays, pour cette journ&eacute;e qui figure parmi les plus importantes du calendrier dalit. Pourtant, rares sont les m&eacute;dias qui rappellent l&rsquo;importance symbolique d&rsquo;un tel &eacute;v&egrave;nement, et M1 r&eacute;sume ainsi le traitement r&eacute;serv&eacute; &agrave; cette journ&eacute;e par les principaux titres de presse indiens :</p>     <p>     <blockquote>&laquo;&nbsp;Le 5 (d&eacute;cembre), ils pr&eacute;viennent les citoyens, les 6 ils parlent des probl&egrave;mes cr&eacute;&eacute;s, des d&eacute;chets, le 7, ils disent que tout sera nettoy&eacute;. Mais ils ne traitent pas de la raison pour laquelle presqu&rsquo;un million de personnes se retrouvent pour prendre part &agrave; une c&eacute;l&eacute;bration. (&hellip;) Par exemple, j&rsquo;ai lu des gros titres comme &laquo;&nbsp;ville en &eacute;tat de si&egrave;ge&nbsp;&raquo;. Enfin, &laquo;&nbsp;ville en &eacute;tat de si&egrave;ge&nbsp;&raquo;&nbsp;: qui peut bien &eacute;crire &ccedil;a&nbsp;?&raquo;<sup><a href="#22">22</a></sup><a name="top22"></a></blockquote>     <p></p>     <p><i>&nbsp;</i></p>     <p><b>Une exclusion du monde des m&eacute;dias</b></p>     <p>Plusieurs analystes des m&eacute;dias indiens ont soulign&eacute; l&rsquo;absence de repr&eacute;sentation de ces populations au sein des grandes r&eacute;dactions qu&rsquo;elles soient anglophones, hindiphones, ou vernaculaires (Jeffrey, 2000). Cette absence symptomatique appara&icirc;t relativement peu questionn&eacute;e au sein de la profession, comme l&rsquo;a montr&eacute; en 1996 dans les colonnes du Pioneer le journaliste B.N. Unyial dans un texte de r&eacute;f&eacute;rence intitul&eacute; &laquo;&nbsp;In Search of a Dalit Journalist&nbsp;&raquo; (Unyial, 1996). Il narre dans cet &eacute;ditorial sa qu&ecirc;te d&rsquo;un journaliste dalit qui aboutit tr&egrave;s rapidement &agrave; un &eacute;chec cinglant&nbsp;; son constat reste aujourd&rsquo;hui malheureusement quasi inchang&eacute; (Ashraf, 2013).</p>     <p>De jeunes dalits sont pourtant form&eacute;s dans les grandes &eacute;coles de journalisme indiennes. Une grande partie d&rsquo;entre eux b&eacute;n&eacute;ficient de la politique de discrimination positive qui impose aux &eacute;tablissements publics d&rsquo;enseignement sup&eacute;rieur de compter dans leurs rangs un nombre d&rsquo;&eacute;tudiants issus des SC &eacute;quivalent &agrave; la part de ces derni&egrave;res au sein de la soci&eacute;t&eacute; indienne. Ils ne passent cependant que tr&egrave;s rarement le stade des entretiens d&rsquo;embauche une fois leur dipl&ocirc;me en poche, sont confront&eacute;s &agrave; l&rsquo;absence de r&eacute;seau dans la profession, et ne b&eacute;n&eacute;ficient g&eacute;n&eacute;ralement que de faibles &eacute;volutions de carri&egrave;re. Des entretiens ont &eacute;t&eacute; men&eacute;s aupr&egrave;s de journalistes d&rsquo;horizons divers qui, pour expliquer cette situation au-del&agrave; de ces facteurs structurels, mentionnent souvent la crainte qu&rsquo;un journaliste dalit refuse de vouloir <i>&laquo;&nbsp;jouer le jeu&nbsp;&raquo;</i>. Cette inclinaison d&eacute;coule du facteur &laquo;&nbsp;<i>PLU&nbsp;&raquo;</i><sup><a href="#23">23</a></sup><a name="top23"></a><i> (&laquo;&nbsp;people like us&nbsp;&raquo;)</i>, qui incite les journalistes &agrave; traiter en priorit&eacute; des sujets susceptibles de concerner directement leur lectorat, et qui reste pr&eacute;f&eacute;rable dans les grandes r&eacute;dactions. Bien entendu, chaque journaliste est amen&eacute; &agrave; n&eacute;gocier la fa&ccedil;on dont il va proposer un sujet au reste de ses coll&egrave;gues et &agrave; sa hi&eacute;rarchie. Cette strat&eacute;gie implique pour les acteurs de manier les structures de pouvoir et de cadrer leurs discours au cours de processus internes de n&eacute;gociations (Lemieux, 2010). Le r&eacute;dacteur pr&eacute;cit&eacute; expliquait ainsi les r&eacute;actions suscit&eacute;es par l&rsquo;&eacute;vocation d&rsquo;une actualit&eacute; dalit dans une salle de r&eacute;daction, et les qualit&eacute;s requises d&rsquo;un angle judicieux:</p>     <p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<blockquote>&laquo;&nbsp;Si je dois faire quelque chose &agrave; leur sujet (&hellip;) il me faut &eacute;laborer une strat&eacute;gie, pour rendre le sujet sexy, aupr&egrave;s d&rsquo;eux (ses coll&egrave;gues) et aupr&egrave;s de nos lecteurs yuppy. (&hellip;) Par exemple, au Royaume-Uni, la communaut&eacute; dalit s&rsquo;est battue et une loi a &eacute;t&eacute; vot&eacute;e. Cela m&rsquo;offrait un angle sexy &eacute;vident&nbsp;: &laquo;&nbsp;l&rsquo;Angleterre l&rsquo;a fait&nbsp;&raquo;. Mais dans le cas d&rsquo;une atrocit&eacute;, il y aurait des b&acirc;illements&hellip; Vous savez, ce genre de choses arrive tout le temps. Ou bien, il faudrait qu&rsquo;il y ait quelque chose de particuli&egrave;rement choquant &agrave; ce sujet. Pas forc&eacute;ment un d&eacute;c&egrave;s, mais&hellip; Quelque chose comme &ecirc;tre forc&eacute; de manger ses excr&eacute;ments ou autre chose de ce genre.&nbsp;&raquo;<sup><a href="#24">24</a></sup><a name="top24"></a></blockquote>     <p></p>     <p>Deux &eacute;l&eacute;ments principaux &eacute;mergent de ce discours. D&rsquo;une part le rattachement des atrocit&eacute;s dalits au domaine de l&rsquo;habituel - bien qu&rsquo;en-dehors du champ d&rsquo;exp&eacute;rience connu du lecteur, ce qui les prive d&rsquo;un traitement de fond. Ensuite, la valorisation d&rsquo;un cas de mobilisation collective est possible, particuli&egrave;rement s&rsquo;il se produit dans un cadre institutionnalis&eacute; et international.</p>     <p>&nbsp;</p>     <p><b>Se replier sur internet pour &laquo;&nbsp;retrouver une voix&nbsp;&raquo;</b></p>     <p>La communaut&eacute; dalit a construit au fil du temps un espace public alternatif, &agrave; la marge de l&rsquo;agora dominante, qui correspond bien &agrave; ce que Nancy Fraser d&eacute;finit comme des &laquo;&nbsp;contre-publics subalternes&nbsp;&raquo;. Ce mouvement s&rsquo;inscrit dans la lign&eacute;e de ces publics non-bourgeois, concurrents, et polycentr&eacute;s, qui aspirent &agrave; une repr&eacute;sentation publique sans pour autant jouer le jeu de la rationalit&eacute; pratique et discursive habermassienne. Leurs strat&eacute;gies d&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la sph&egrave;re publique passent par diff&eacute;rentes formes de contestation (actions collectives, b&eacute;n&eacute;volat, recours &agrave; la controverse) de fa&ccedil;on &agrave; se frayer un chemin vers le champ dominant des repr&eacute;sentations collectives (Fraser, 1992). Les nouveaux espaces m&eacute;diatiques en ligne jouent un r&ocirc;le cl&eacute; dans les strat&eacute;gies mises en place par la techno-&eacute;lite du mouvement dalit. L&rsquo;un de leurs principaux enjeux est de retrouver une voix propre, qui ne les cantonne plus aux derni&egrave;res pages &agrave; sensation des grands m&eacute;dias.</p>     <p><b>&nbsp;</b></p>     <p><b>Le web comme lieu de m&eacute;moire</b></p>     <p>Depuis des g&eacute;n&eacute;rations, ce public a engendr&eacute; de nombreux supports communautaires d&rsquo;information et de transmission culturelle aux &eacute;chelles locales et r&eacute;gionales (Zelliot, 2001): des troupes de th&eacute;&acirc;tre itin&eacute;rantes, des musiciens et chanteurs, des journaux et magazines, ou plus r&eacute;cemment des cha&icirc;nes de t&eacute;l&eacute;vision. Toutes ces initiatives, souvent communautaires, sont directement orient&eacute;es vers le public <i>dalit</i> qui ne dispose que d&rsquo;un faible capital &eacute;conomique, et font donc face &agrave; un probl&egrave;me essentiel : le manque de moyens. &Agrave; moins d&rsquo;avoir un m&eacute;c&egrave;ne et de pouvoir se reposer sur un r&eacute;seau de plumes et de lecteurs influents &agrave; l&rsquo;instar de la revue <i>Dalit Dastak</i>, leurs chances de survie sur le moyen terme sont faibles. Internet constitue une alternative de choix. Y cr&eacute;er une plateforme implique peu de d&eacute;penses financi&egrave;res, et permet &agrave; la techno-&eacute;lite&nbsp;interne au mouvement d&rsquo;investir un nouvel espace au sein duquel les fronti&egrave;res r&eacute;gionales et nationales n&rsquo;ont presque plus cours<sup><a href="#25">25</a></sup><a name="top25"></a> (Lim, 2006). Une litt&eacute;rature foisonnante a soulign&eacute; combien pour les mouvements sociaux, internet est une voie de passage extr&ecirc;mement avantageuse de l&rsquo;espace g&eacute;om&eacute;trique physique &agrave; un espace relationnel, dont l&rsquo;organisation rhizomatique permet une dispersion rapide et tr&egrave;s difficilement contr&ocirc;lable des images et des discours (Froehling, 1997). Ces caract&eacute;ristiques de l&rsquo;espace web peuvent rendre possible un effet de contamination de certains mots d&rsquo;ordre, d&rsquo;images ou de symboles, et de ce fait favoriser l&rsquo;agr&eacute;gation de nouveaux soutiens autour de la cause d&eacute;fendue.</p>     <p>L&rsquo;utilisation d&rsquo;internet par le mouvement dalit lui permet de s&rsquo;appuyer sur trois principaux piliers communicationnels. Comme nous l&rsquo;avons &eacute;voqu&eacute;, il existe la possibilit&eacute; de cr&eacute;er de nouveaux m&eacute;dias communautaires et militants, peu on&eacute;reux. De plus, l&rsquo;investissement du web offre une nouvelle envergure au r&ocirc;le traditionnel de transmission m&eacute;morielle des m&eacute;dias mobilis&eacute;s par le mouvement. Enfin, les r&eacute;seaux sociaux num&eacute;riques favorisent le d&eacute;placement de ce r&ocirc;le vers le champ discursif. Avant de revenir sur ce point, il est primordial de souligner l&rsquo;importance que rev&ecirc;t pour ce mouvement subalterne ce nouvel espace m&eacute;diatique en tant que lieu de m&eacute;moire. Cette possibilit&eacute; est mise en avant par M3, v&eacute;t&eacute;ran du militantisme en ligne, enthousiasm&eacute; par l&rsquo;opportunit&eacute; nouvelle de construire une m&eacute;moire commune :</p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p>     <blockquote>&laquo;&nbsp;(&hellip;) Il faut que vous compreniez que c&rsquo;est la premi&egrave;re fois que l&rsquo;on peut parler &agrave; des dalits qui viennent de tout le pays. Cela me permet d&rsquo;apprendre l&rsquo;Histoire dalit de tout le pays. (&hellip;) Parce que nous avons toujours &eacute;t&eacute; rel&eacute;gu&eacute;s en note de bas de page de l&rsquo;Histoire. Maintenant j&rsquo;ai l&rsquo;opportunit&eacute; d&rsquo;apprendre en parlant avec les autres.&raquo;<sup><a href="#26">26</a></sup><a name="top26"></a></blockquote>     <p></p>     <p>La chaine Youtube Dalit Camera constitue une bonne illustration en m&ecirc;me temps que l&rsquo;un des principaux moteurs de cette dynamique d&rsquo;archivages des paroles militantes. Fond&eacute;e &agrave; la fin de l&rsquo;ann&eacute;e 2007, elle regroupe aujourd&rsquo;hui plus de 6500 inscrits et presque trois millions de vues<sup><a href="#27">27</a></sup><a name="top27"></a>cumul&eacute;es sur plusieurs centaines de vid&eacute;os dont la dur&eacute;e et l&rsquo;audience peuvent varier consid&eacute;rablement (de cinquante vues pour des vid&eacute;os de deux minutes environ, &agrave; plusieurs milliers de vues pour des vid&eacute;os qui peuvent atteindre quarante-cinq minutes). Diff&eacute;rentes th&eacute;matiques sont &eacute;voqu&eacute;es et organis&eacute;es en listes de lecture. Il y a tout d&rsquo;abord des entretiens, principalement r&eacute;alis&eacute;s avec des personnalit&eacute;s engag&eacute;es du mouvement comme des professeurs d&rsquo;universit&eacute; ou des militants reconnus, questionn&eacute;s au sujet de moments historiques du mouvement, d&rsquo;actualit&eacute;s susceptibles de concerner les communaut&eacute;s SC ou des mobilisations dalits. On y trouve &eacute;galement de courts reportages r&eacute;alis&eacute;s lors d&rsquo;&eacute;v&egrave;nements phares de la vie militante comme les c&eacute;r&eacute;monies marquantes du calendrier dalit (par exemple la comm&eacute;moration de la mort d&rsquo;Ambedkar qui a lieu &agrave; Bombay chaque 6 d&eacute;cembre), ou des actions collectives (sittings, manifestations &eacute;tudiantes). Enfin, la chaine figure aussi une s&eacute;rie d&rsquo;interventions individuelles de militants qui expriment une opinion ou clament des chants politiques en langue vernaculaire. Fond&eacute;e par une personne, elle est d&eacute;sormais aliment&eacute;e par un r&eacute;seau de contributeurs qui filment ces sc&egrave;nes partout en Inde. Les vid&eacute;os qu&rsquo;ils en tirent prennent souvent la forme de r&eacute;cits de vie et nourrissent ainsi l&rsquo;un des axes fondateurs de la chaine, qui s&rsquo;attache &agrave; livrer une parole militante brute et sans montage de fa&ccedil;on &agrave; s&rsquo;assurer qu&rsquo;aucune manipulation des propos recueillis ne soit possible. Ces vid&eacute;os n&rsquo;ont pas vocation &agrave; cr&eacute;er un d&eacute;bat ou &agrave; &ecirc;tre comment&eacute;es&nbsp;; d&rsquo;ailleurs, peu d&rsquo;entre elles le sont. Comme l&rsquo;explique le fondateur de la chaine, rencontr&eacute; &agrave; Hyderabad<sup><a href="#28">28</a></sup><a name="top28"></a> en d&eacute;cembre 2014, la fonction principale de cet espace est de devenir un centre d&rsquo;archives&nbsp;:</p>     <p>     <blockquote>&laquo;&nbsp;C&rsquo;est simplement ma propre id&eacute;e de conserver (la voix des) personnes qui sacrifient leur vie et de les publier dans l&rsquo;espace public. (&hellip;) Personne n&rsquo;a enregistr&eacute; Ambedkar lors de ses discours. J&rsquo;ai vraiment pens&eacute; que des enregistrements devraient &ecirc;tre faits. Aussi pour &eacute;viter que des discours soient manipul&eacute;s.&nbsp;&raquo;<sup><a href="#29">29</a></sup><a name="top29"></a> </blockquote>     <p></p>     <p>Cette chaine fournit ainsi un bon exemple de la fonction de centre d&rsquo;archives culturelles investie par Youtube et plus g&eacute;n&eacute;ralement rendue possible par l&rsquo;ensemble des outils sociotechniques du web (Burgess &amp; Green, 2009). Les r&eacute;seaux sociaux num&eacute;riques correspondent ici &agrave; des outils d&rsquo;archivage et de transmission de m&eacute;moire, de rassemblement autour de discours et de r&eacute;cits de vies, constituant des espaces de construction communautaire.</p>     <p>Le cas r&eacute;cent du suicide tr&egrave;s m&eacute;diatis&eacute; d&rsquo;un jeune chercheur sur l&rsquo;Universit&eacute; Centrale de Hyderabad, actif au sein du mouvement dalit local et tr&egrave;s pr&eacute;sent en ligne constitue une autre illustration de cette fonction m&eacute;morielle du web. Convoqu&eacute; suite &agrave; une manifestation et &agrave; des actes violents entre membres de syndicats &eacute;tudiants, Rohith Vemula a &eacute;t&eacute; exclu de l&rsquo;universit&eacute; avec d&rsquo;autres militants, avant de se donner la mort quelques jours plus tard. Ce suicide a &eacute;t&eacute; consid&eacute;r&eacute; par de nombreux activistes comme un &laquo;&nbsp;meurtre institutionnel&nbsp;&raquo;<sup><a href="#30">30</a></sup><a name="top30"></a> et un grand nombre de manifestations ont suivi sur des campus, partout en Inde. Les appels &agrave; manifestation ont largement &eacute;t&eacute; relay&eacute;s sur la toile, comme les nombreuses photographies et enregistrements vid&eacute;o des mobilisations, qui ont vite &eacute;t&eacute; diffus&eacute;s sur une chaine Youtube sp&eacute;cialement cr&eacute;&eacute;e &agrave; cet escient. Ces diffusions nous rappellent les liens forts qui existent entre actions hors-ligne et mobilisation en-ligne, tout en attestant de la dimension d&rsquo;archivage du web. Les militants ont en effet pris soin de r&eacute;colter minutieusement des images des diff&eacute;rentes actions men&eacute;es&nbsp; sur le terrain&nbsp;: 200 vid&eacute;os ont &eacute;t&eacute; mises en ligne sur une chaine d&eacute;di&eacute;e et relay&eacute;e sur les autres r&eacute;seaux sociaux gr&acirc;ce au mot cl&eacute; #justiceforrohith. Ce sont surtout des vid&eacute;os courtes, d&rsquo;une dizaine de minutes en moyenne, qui rassemblent d&rsquo;une poign&eacute;e &agrave; plusieurs milliers de vues (6500 pour la plus populaire)<sup><a href="#31">31</a></sup><a name="top31"></a> Elles ne sont pas organis&eacute;es en liste de lecture et ont &eacute;t&eacute; tourn&eacute;es sur deux campus&nbsp;: celui de l&rsquo;universit&eacute; de Hyderabad, le centre n&eacute;vralgique des actions collectives o&ugrave; ont &eacute;t&eacute; film&eacute;s discours, chants et manifestations, et celui de l&rsquo;universit&eacute; Jawaharlal Nehru de New Delhi o&ugrave; se sont d&eacute;roul&eacute;es des marches de soutien en nombre. Parall&egrave;lement &agrave; ce mouvement d&rsquo;archivage des activit&eacute;s militantes, le profil Facebook de Rohith Vemula a tr&egrave;s vite &eacute;t&eacute; investi comme lieu de recueillement personnel, mais aussi de c&eacute;l&eacute;bration du mouvement en cours. Son profil, public et &agrave; vocation essentiellement militante de son vivant, est rapidement devenu le lieu de la cr&eacute;ation d&rsquo;un nouveau symbole militant, avec l&rsquo;engagement comme unique identit&eacute; assign&eacute;e<sup><a href="#32">32</a></sup><a name="top32"></a>. En-dehors des messages de proches ou de soutiens, cette page publique a &eacute;galement &eacute;t&eacute; le lieu de cr&eacute;ation de nombreux m&egrave;mes, largement diffus&eacute;s au sein de la communaut&eacute; dalit en ligne. Le plus populaire a &eacute;t&eacute; un portrait dessin&eacute; de Rohith &agrave; valeur d&rsquo;ic&ocirc;ne, qu&rsquo;ont adopt&eacute; de nombreux militants comme photographie de profil dans les semaines qui ont suivi. Plusieurs images de lui dont des phrases, extraites de discours qu&rsquo;il avait pu prononcer au cours de ses activit&eacute;s militantes ou &eacute;crire sur son profil Facebook, constituaient les sous-titres sont aussi rapidement devenues virales au sein de ce contre-public en ligne.</p>     <p>De tous les r&eacute;seaux sociaux num&eacute;riques, Facebook occupe probablement la place la plus importante dans la vie militante du mouvement dalit sur le web. Nous l&rsquo;avons vu, la plateforme peut faire office de lieu de diffusion d&rsquo;informations, mais aussi de lieu de m&eacute;moire. Or, Facebook joue un r&ocirc;le ambivalent et occupe une place &agrave; part dans le discours des militants, qui le per&ccedil;oivent tant comme un espace s&eacute;curis&eacute; que comme un champ de bataille &agrave; conqu&eacute;rir.</p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p>&nbsp;</p>     <p><b>Internet, entre espace s&eacute;curis&eacute; et champ de bataille</b></p>     <p>Facebook reste le r&eacute;seau social num&eacute;rique le plus populaire en Inde (avec 125 millions d&rsquo;utilisateurs &agrave; l&rsquo;&eacute;t&eacute; 2015, tr&egrave;s loin devant Twitter, qui compte 20 millions d&rsquo;utilisateurs, ou m&ecirc;me What&rsquo;s App, tr&egrave;s populaire chez les militants et qui revendiquait une base de 70 millions d&rsquo;utilisateurs &agrave; la fin 2015). Il permet &agrave; la fois d&rsquo;atteindre simplement un grand nombre de contacts, et de rentrer dans une logique double d&rsquo;individuation et de construction d&rsquo;un collectif. Individuation par l&rsquo;&eacute;laboration d&rsquo;un profil propre, et construction d&rsquo;un collectif par la mobilisation de discours et d&rsquo;images symboliques fortes qui f&eacute;d&egrave;rent la communaut&eacute; en ligne. Deux voies d&rsquo;expressions militantes dominent sur ce r&eacute;seau : les groupes ferm&eacute;s et les profils publics. Ces profils, sont souvent ceux de personnalit&eacute;s nodales au sein du mouvement en ligne, tr&egrave;s influentes et actives depuis plusieurs ann&eacute;es. Elles utilisent leur page pour diffuser des mots d&rsquo;ordre qui appellent &agrave; la mobilisation, des images de leaders actuels ou historiques du mouvement, et des films et photographies d&rsquo;action collective.</p>     <p>Cette riche iconographie t&eacute;moigne du lien fort qui existe chez ces militants entre actions collectives et actions connectives&nbsp;: tous consid&egrave;rent le militantisme en ligne comme une voie d&rsquo;expression ne se pratiquant que sur la base de, et dans la perspective d&rsquo;un militantisme hors-ligne. Cette logique rejoint les conclusions d&rsquo;un pan important de la litt&eacute;rature au sujet des grandes mobilisations qui ont marqu&eacute; le tournant des ann&eacute;es 2010, comme les Printemps Arabes, #Occupy, ou encore les Indign&eacute;s. Internet n&rsquo;affranchit pas la mobilisation du territoire, et toute action connective doit &ecirc;tre analys&eacute;e en interaction avec les actions collectives qui y sont li&eacute;es. Comme l&rsquo;&eacute;crit Geoffrey Pleyers, &laquo;&nbsp;l&rsquo;usage d&rsquo;internet n&rsquo;a pas conduit &agrave; une domination des actions et mouvements virtuels qui auraient pris le pas sur les mobilisations dans &laquo;&nbsp;l&rsquo;espace physique&nbsp;&raquo;&nbsp;&raquo; (Pleyers, 2013). Plut&ocirc;t, internet permet la constitution de &laquo;&nbsp;r&eacute;seaux d&rsquo;indignation&nbsp;&raquo;(Castells, 2012), dont la prolongation naturelle prend forme sur les places publiques. D&rsquo;ailleurs, ces grands mouvements &laquo;&nbsp;2.0&nbsp;&raquo;, investissent des places qui leur donnent un nom et replacent la corporalit&eacute; au c&oelig;ur des mobilisations.</p>     <p>Les mouvements contemporains utilisent les m&eacute;dias en ligne comme des m&eacute;dias tactiques mobilisant la parodie, le d&eacute;tournement et la r&eacute;appropriation de symboles culturels &laquo;&nbsp;mainstream&nbsp;&raquo;&nbsp; constitutifs d&rsquo;une voie de diffusion virale d&rsquo;une vision et d&rsquo;un engagement. Mais ces espaces leur permettent de partager des informations pratiques et logistiques qui ancrent profond&eacute;ment et prioritairement leurs actions sur un territoire (Juris &amp; Pleyers, 2009), (Maesy, 2015). Comme le r&eacute;sume une jeune militante<i>, &laquo;&nbsp;internet est un pas en avant, mais pas un objectif final&nbsp;&raquo;</i><sup><a href="#33">33</a></sup><a name="top33"></a>. Si nous mentionnions l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t pour des mouvements sociaux subalternes d&rsquo;investir l&rsquo;espace relationnel d&rsquo;internet qui favorise les connexions interindividuelles malgr&eacute; les fronti&egrave;res g&eacute;ographiques, le champ de l&rsquo;action collective n&rsquo;en demeure pas moins le plus souvent local. Internet n&rsquo;a d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que dans sa capacit&eacute; &agrave; lier deux espaces diff&eacute;rents par des flux d&rsquo;information&nbsp;: l&rsquo;espace g&eacute;om&eacute;trique du monde concret, et l&rsquo;espace relationnel du &laquo;&nbsp;cyberespace&nbsp;&raquo;. Les militants y partagent des informations de terrain, nouent une relation &agrave; travers la discussion,&nbsp; pour parfois se rencontrer, et surtout agir. Plusieurs entretiens confirment ces strat&eacute;gies, et l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t d&rsquo;internet&nbsp;: d&rsquo;une part pour l&rsquo;organisation d&rsquo;actions collectives suite &agrave; la transmission d&rsquo;informations de terrain, et d&rsquo;autre part comme une courroie de transmission entre les villages et les nouvelles &eacute;lites urbaines. De plus, l&rsquo;affirmation de l&rsquo;importance de la mobilisation physique va de pair avec la critique aig&uuml;e des &laquo;&nbsp;clicactivistes&nbsp;&raquo; (Cardon &amp; Granjon, 2010a)&nbsp;: des soutiens &agrave; la cause dont l&rsquo;action se r&eacute;sume &agrave; des &laquo;&nbsp;likes&nbsp;&raquo; Facebook ou des partages sur Twitter. Deux militants rencontr&eacute;s &agrave; Mumbai en d&eacute;cembre 2014 r&eacute;sumaient ainsi leurs modes d&rsquo;utilisation des outils sociotechniques du web&nbsp;:</p>     <p>     <blockquote>&laquo;&nbsp;Il y a eu un cas, &agrave; peu pr&egrave;s &agrave; cette m&ecirc;me p&eacute;riode l&rsquo;ann&eacute;e derni&egrave;re &agrave; Nashik (l&rsquo;une des principales villes du Maharashtra)&hellip; des gens ont commenc&eacute; &agrave; jeter des pierres sur une personne de basse caste (&hellip;). Ce post a &eacute;t&eacute; mis en ligne sur la page du Facebook Ambedkarite Movement. La victime a &eacute;t&eacute; hospitalis&eacute;e ici &agrave; Mumbai, mais il n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; op&eacute;r&eacute; convenablement et a &eacute;t&eacute; renvoy&eacute; chez lui&hellip; Alors plusieurs activistes y sont all&eacute;s pour v&eacute;rifier qu&rsquo;un rapport de police avait bien &eacute;t&eacute; enregistr&eacute;&hellip; Puis trente ou quarante activistes ont d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;organiser une manifestation&nbsp;: cent, cent-cinquante volontaires y sont all&eacute;s et nous avons essay&eacute; de r&eacute;colter des informations. La police avait mis en place un couvre-feu sur ce village. Tout &ccedil;a a &eacute;t&eacute; organis&eacute; uniquement sur Facebook&hellip; De ce que je sais, le cas est toujours en cours.(&hellip;)         <p></p>         <p>Les gens qui utilisent internet, on peut les traiter &laquo;&nbsp;d&rsquo;intellectuels&nbsp;&raquo;, mais ils font partie du groupe et ils ont une histoire avec ce mouvement. En parlant ensemble, on aboutira &agrave; des conclusions&nbsp;: quand je prendrai la parole dans des lieux recul&eacute;s, je serai influenc&eacute; par tous ces arguments &eacute;chang&eacute;s avec les autres&nbsp;: c&rsquo;est comme &ccedil;a que s&rsquo;&eacute;tablit un lien entre le netizen et le non-utilisateur.&nbsp;&raquo;<sup><a href="#34">34</a></sup><a name="top34"></a>    </blockquote>     <p></p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p>Plusieurs &eacute;l&eacute;ments leur permettent d&rsquo;affirmer en ligne leur identit&eacute; et leur rattachement &agrave; un collectif&nbsp;: souvent, la photographie de profil est un tract ou le portrait d&rsquo;un grand homme, et la caste d&rsquo;appartenance fait office de deuxi&egrave;me nom ou remplace plus simplement le patronyme. Ces marques d&rsquo;affirmation et de reconnaissance sont des voies d&rsquo;acc&egrave;s aux groupes militants ferm&eacute;s. La taille et les principes cardinaux de ces groupes varient : de l&rsquo;un &agrave; l&rsquo;autre, les degr&eacute;s d&rsquo;ouverture et de dynamiques discursives et contradictoires sont tr&egrave;s variables. Il existe des groupes ferm&eacute;s rattach&eacute;s &agrave; des organisations syndicales, notamment &eacute;tudiantes, qui rassemblent g&eacute;n&eacute;ralement quelques centaines &agrave; mille membres<sup><a href="#35">35</a></sup><a name="top35"></a>. Peu d&rsquo;interactions se produisent sur ces espaces qui servent surtout &agrave; la diffusion d&rsquo;informations et &agrave; l&rsquo;organisation d&rsquo;actions collectives entre membres g&eacute;ographiquement rassembl&eacute;s dans la m&ecirc;me ville, voire sur le m&ecirc;me campus. D&rsquo;autres groupes repr&eacute;sentent une branche id&eacute;ologique sp&eacute;cifique du mouvement dalit<sup><a href="#36">36</a></sup><a name="top36"></a>. Ces espaces sont essentiellement d&eacute;di&eacute;s au partage de connaissances et de donn&eacute;es, se positionnant dans une lign&eacute;e de d&eacute;mocratisation du savoir. Une grande place y est attribu&eacute;e &agrave; l&rsquo;iconographie et au partage de textes scann&eacute;s ou retranscrits de philosophie et de th&eacute;ories politiques, principalement d&rsquo;Ambedkar. Les commentaires y sont plus nombreux que sur le pr&eacute;c&eacute;dent type de groupes et consistent essentiellement en des remerciements chaleureux adress&eacute;s en langue vernaculaire aux membres qui partagent leurs connaissances. Les discussions qui s&rsquo;y d&eacute;veloppent sont surtout des commentaires de points d&rsquo;actualit&eacute;s qui aboutissent le plus souvent &agrave; un consensus. Il existe enfin des groupes ferm&eacute;s plus larges qui regroupent des tendances militantes diverses et peuvent regrouper jusqu&rsquo;&agrave; plusieurs dizaines de milliers de membres<sup><a href="#37">37</a></sup><a name="top37"></a>. Les publications y sont plus vari&eacute;es et dans les commentaires se d&eacute;veloppent des discussions o&ugrave; se m&ecirc;lent parfois diff&eacute;rentes langues v&eacute;hiculaires et vernaculaires. Ce sont des lieux d&rsquo;&eacute;changes d&rsquo;informations et de donn&eacute;es, mais aussi de points de vue parfois contradictoires. De plus, ils sont souvent les premiers lieux de publication de m&egrave;mes susceptibles de devenir viraux. Ces groupes sont tr&egrave;s actifs et comptent plusieurs dizaines de publications quotidiennes. Si la parole y est r&eacute;guli&egrave;rement prise par les m&ecirc;mes personnes, les d&eacute;bats qui ont lieu dans les commentaires en anglais, et parfois en langues vernaculaires, font office d&rsquo;espace d&eacute;mocratique : les arguments se fa&ccedil;onnent, se contrent, se r&ocirc;dent.</p>     <p>Malgr&eacute; ces diff&eacute;rences d&rsquo;&eacute;chelle et de vocations, ils partagent le statut d&rsquo;espaces sanctuaris&eacute;s &agrave; l&rsquo;entr&eacute;e desquels il faut montrer patte blanche pour esp&eacute;rer y acc&eacute;der. Comme me le confiaient certains administrateurs de ces groupes, une rapide enqu&ecirc;te en ligne pr&eacute;c&egrave;de syst&eacute;matiquement l&rsquo;acceptation ou le refus d&rsquo;un nouveau membre en leur sein. Je n&rsquo;ai moi-m&ecirc;me pu acc&eacute;der &agrave; ces groupes qu&rsquo;apr&egrave;s avoir rencontr&eacute; leurs administrateurs lors de s&eacute;jours de terrains et avoir longuement parl&eacute; avec eux, tout d&rsquo;abord au cours d&rsquo;entretiens, puis de fa&ccedil;on plus informelle en ligne et hors ligne. Les &eacute;changes et discussions entre militants sont ainsi favoris&eacute;s par un mode d&rsquo;occupation sp&eacute;cifique du web, la cr&eacute;ation d&rsquo;un espace clos et s&eacute;curis&eacute;, qui vise &agrave; emp&ecirc;cher l&rsquo;intrusion dans le d&eacute;bat des paroles id&eacute;ologiques ennemies.</p>     <p>Les attaques redout&eacute;es de ces derni&egrave;res se placent souvent dans le domaine symbolique. Un interlocuteur mentionnait ainsi une enqu&ecirc;te en ligne peu rigoureuse men&eacute;e par un administrateur de groupe, qui permit &agrave; un &laquo;&nbsp;faux&nbsp;&raquo; profil d&rsquo;int&eacute;grer un groupe ferm&eacute;, pour y poster un montage photographique d&rsquo;Ambedkar sortant d&rsquo;une bouche d&rsquo;&eacute;gout. Cette attaque qui insulte leur figure tut&eacute;laire et les ram&egrave;ne &agrave; leur condition a provoqu&eacute; une col&egrave;re et un &eacute;moi important chez les membres de cette communaut&eacute;. Elle rappelle que Facebook est aussi consid&eacute;r&eacute; comme un champ de bataille par les militants. Lors d&rsquo;un groupe de discussion organis&eacute; avec les membres d&rsquo;un syndicat &eacute;tudiant &agrave; Delhi, c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs le champ lexical du combat qui a &eacute;t&eacute; mobilis&eacute; pour en parler : internet est pr&eacute;sent&eacute; comme une chance pour le mouvement, mais aussi comme un espace sur lequel il faut &ecirc;tre pr&ecirc;t &agrave; <i>&laquo;&nbsp;contrer&nbsp;l&rsquo;ennemi&nbsp;&raquo;</i>. Dans cette guerre de discours et de symboles, le repli est privil&eacute;gi&eacute; et les conflits se soldent le plus g&eacute;n&eacute;ralement par une exclusion du groupe et le refus de r&eacute;pondre aux commentaires d&eacute;sobligeants ou agressifs. La construction d&rsquo;un espace d&eacute;mocratique interne repose ici sur l&rsquo;exclusion des id&eacute;ologies oppos&eacute;es. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;espaces subalternes, ou la garantie d&rsquo;un entre soi permet la maitrise de certaines donn&eacute;es et arguments. L&rsquo;acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;espace public dominant est pens&eacute; dans un second temps. Le sentiment d&rsquo;appartenance &agrave; une communaut&eacute; d&rsquo;esprit ainsi que la transmission &agrave; travers la narration d&rsquo;exp&eacute;riences personnelles<sup><a href="#38">38</a></sup><a name="top38"></a> et la mise en ligne de donn&eacute;es en sont des conditions n&eacute;cessaires.</p>     <p>Dans son analyse de la sph&egrave;re publique, Nancy Fraser rappelle sa caract&eacute;ristique fondamentale telle que d&eacute;finie par Habermas&nbsp;: il s&rsquo;agit d&rsquo;un espace de d&eacute;lib&eacute;ration, constitu&eacute; par une s&eacute;rie d&rsquo;interactions discursives. La perception habermassienne de l&rsquo;espace public bourgeois repose sur plusieurs piliers fondamentaux, dont l&rsquo;id&eacute;e que l&rsquo;&eacute;galit&eacute; sociale entre ses membres n&rsquo;est pas un pr&eacute;requis et qu&rsquo;une sph&egrave;re publique unique est pr&eacute;f&eacute;rable &agrave; une multiplication de publics &eacute;clat&eacute;s. Fraser r&eacute;fute ces pr&eacute;suppos&eacute;s &agrave; l&rsquo;aune de l&rsquo;analyse qu&rsquo;elle fait des soci&eacute;t&eacute;s in&eacute;galitaires<sup><a href="#39">39</a></sup><a name="top39"></a>, dans lesquelles &laquo;&nbsp;des groupes sociaux aux capacit&eacute;s in&eacute;gales tendent &agrave; d&eacute;velopper des styles culturels in&eacute;galement estim&eacute;s. En r&eacute;sulte le d&eacute;veloppement de fortes pressions informelles qui marginalisent les contributions des membres de groupes subordonn&eacute;s au quotidien, comme au sein des sph&egrave;res publiques officielles&raquo; (Fraser, 2003)<sup><a href="#40">40</a></sup><a name="top40"></a>. Dans une telle configuration sociale, atteindre l&rsquo;id&eacute;al habermassien d&rsquo;une sph&egrave;re publique d&eacute;mocratique unique semble un objectif absolument inatteignable<sup><a href="#41">41</a></sup><a name="top41"></a> . Face &agrave; ce constat, comment diminuer l&rsquo;&eacute;cart existant entre la participation des groupes dominants et celle des groupes minoritaires? Il est impossible d&rsquo;annuler les effets des in&eacute;galit&eacute;s sociales au sein d&rsquo;une agora, qui ne peut fonctionner qu&rsquo;au d&eacute;triment des groupes domin&eacute;s. Cet effet est amplifi&eacute; dans le cadre d&rsquo;une sph&egrave;re publique unique.</p>     <p>De nombreux travaux historiographiques ont montr&eacute; que les groupes subordonn&eacute;s se sont constitu&eacute;s &agrave; diff&eacute;rentes &eacute;poques en publics alternatifs. C&rsquo;est le cas du mouvement dalit en Inde, au sein duquel l&rsquo;&eacute;mergence relativement r&eacute;cente d&rsquo;une techno-&eacute;lite a rendu possible le d&eacute;veloppement de bulles discursives &agrave; la marge de l&rsquo;espace public dominant, sur la base de r&eacute;seaux militants nationaux voire internationaux. Pour employer la terminologie de Fraser, ces groupes peuvent &ecirc;tre compris en tant qu&rsquo;&laquo;ar&egrave;nes discursives parall&egrave;les o&ugrave; les membres des groupes sociaux subordonn&eacute;s inventent et font circuler des contre-discours, de fa&ccedil;on &agrave; formuler des interpr&eacute;tations oppositionnelles de leurs identit&eacute;s, int&eacute;r&ecirc;ts, et besoins (&hellip;).&nbsp;En g&eacute;n&eacute;ral , la prolif&eacute;ration de contre-publics subalternes correspond &agrave; un &eacute;largissement de la contestation discursive.&raquo;<sup><a href="#42">42</a></sup><a name="top42"></a> (Fraser, 2003). Elle poursuit en affirmant l&rsquo;essence publique de ces ar&egrave;nes<sup><a href="#43">43</a></sup><a name="top43"></a>, soit l&rsquo;id&eacute;e que les s&eacute;gr&eacute;gations de ces publics ne peuvent &ecirc;tre volontaires. &Agrave; l&rsquo;aune du travail de terrain effectu&eacute;, nous affirmons que la cl&ocirc;ture de ces espaces discursifs peut bel et bien &ecirc;tre souhait&eacute;e de fa&ccedil;on &agrave; maximiser les avantages de leurs fonctions&nbsp;: faire office d&rsquo;espace de retrait et de regroupement, et devenir des lieux d&rsquo;entra&icirc;nement n&eacute;cessaires &agrave; la mise en place d&rsquo;action vou&eacute;es &agrave; se d&eacute;ployer dans l&rsquo;espace public majoritaire. Plusieurs m&eacute;canismes sont &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre au cours de ce processus, dont l&rsquo;un des buts fondamentaux est de r&eacute;affirmer une voix propre &agrave; ces populations, que de nombreux militants consid&egrave;rent comme &laquo;&nbsp;confisqu&eacute;e&nbsp;&raquo; par les groupes sociaux dominants au sein de l&rsquo;agora majoritaire.</p>     <p>&nbsp;</p>     <p><b>Pour retrouver sa voix : exclure et s&rsquo;interdire d&rsquo;&ecirc;tre divisif</b></p>     <p>Les r&eacute;seaux sociaux num&eacute;riques ont permis la construction d&rsquo;espaces ferm&eacute;s et l&rsquo;influence nouvelle de militants rassembleurs de communaut&eacute;s&nbsp;: qu&rsquo;ils soient administrateurs de groupes ou aux commandes d&rsquo;une page personnelle militante largement suivie. Ces bulles communautaires r&eacute;pondent &agrave; une s&eacute;rie d&rsquo;objectifs. Elles permettent &agrave; leurs membres de partager des informations militantes, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de r&eacute;colter des donn&eacute;es ou de mettre en place des actions collectives. Elles jouent de plus un r&ocirc;le certain dans le champ discursif de la mobilisation. Ces espaces sont en effet l&rsquo;opportunit&eacute; pour les militants d&rsquo;acqu&eacute;rir une certaine expertise dans l&rsquo;&eacute;laboration du discours, notamment en confrontant leur pens&eacute;e &agrave; des points de vue discordants au sein de ce contre-public militant. Ces exp&eacute;riences peuvent s&rsquo;&eacute;toffer &agrave; diff&eacute;rentes occasions de la vie militante en ligne, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de convaincre ou de rassembler. Les controverses internes au mouvement lanc&eacute;es en ligne en sont de bonnes illustrations. Nous pouvons notamment penser &agrave; la controverse de grande envergure qui a suivi la publication en mars 2014 d&rsquo;une nouvelle &eacute;dition d&rsquo;Annihilation of Caste -texte central de l&rsquo;id&eacute;ologie dalit r&eacute;dig&eacute; en 1936 par Ambedkar- pr&eacute;fac&eacute;e par l&rsquo;auteure mondialement connue Arundhati Roy (Ambedkar, Anand, &amp; Roy, 2014). Les critiques extr&ecirc;mement s&eacute;v&egrave;res qu&rsquo;ont port&eacute; de nombreux militants sur cette &eacute;dition &ndash; visant bien plus l&rsquo;auteure de la pr&eacute;face que son texte &ndash; ont d&rsquo;abord &eacute;t&eacute; publi&eacute;es sur Facebook, g&eacute;n&eacute;ralement sur des profils ou des groupes priv&eacute;s. Parmi les textes les plus comment&eacute;s et partag&eacute;s sur ces r&eacute;seaux, certains ont &eacute;t&eacute; partiellement publi&eacute;s sur un site d&rsquo;information militant de r&eacute;f&eacute;rence, pour les activistes comme pour certains journalistes qui s&rsquo;int&eacute;ressent &agrave; l&rsquo;actualit&eacute; du mouvement. Cela a permis &agrave; ces discours de se frayer une voie vers l&rsquo;espace public indien dominant, &agrave; l&rsquo;origine de d&eacute;bats et tribunes dans les colonnes des grands journaux. Chaque &eacute;tape du chemin sinueux qu&rsquo;a emprunt&eacute; cette controverse &agrave; travers diff&eacute;rents espaces m&eacute;diatiques et diff&eacute;rents types de discours (militant, journalistique, mais aussi acad&eacute;mique) a impliqu&eacute; un effort de cadrage des discours militants, de fa&ccedil;on &agrave; ce qu&rsquo;ils puissent f&eacute;d&eacute;rer des soutiens &eacute;pars et se faire entendre dans l&rsquo;espace public indien<sup><a href="#44">44</a></sup><a name="top44"></a>.</p>     <p>Construire des discours en ligne afin de retrouver une voix oblige les acteurs &agrave; y d&eacute;velopper une forte r&eacute;flexivit&eacute; (McAdam, McCarthy, &amp; Zald, 1996). Deux conditions essentielles sont n&eacute;cessaires &agrave; la r&eacute;alisation de ces projets : s&rsquo;interdire d&rsquo;&ecirc;tre divisif, et exclure ceux qui ne peuvent pas ou ne souhaitent pas s&rsquo;int&eacute;grer au collectif. La pratique de l&rsquo;ethnographie conjointe des espaces en ligne et hors-ligne permet d&rsquo;avoir acc&egrave;s &agrave; la mise en place de ces derni&egrave;res, en mobilisant &laquo;&nbsp;l&rsquo;analyse de cadres&nbsp;&raquo;. Cette terminologie fa&ccedil;onn&eacute;e par David Snow pour d&eacute;signer l&rsquo;analyse des &laquo;&nbsp;processus discursifs qui se d&eacute;roulent dans le groupe et permettent d&rsquo;aligner les interpr&eacute;tations biographiques des membres sur la perspective du mouvement&nbsp;&raquo; (Cefa&iuml;, 2007) souligne l&rsquo;importance de l&rsquo;alignement entre les individus et le groupe. La prise en compte de ces interactions permet de cerner ce qui se joue dans la &laquo;&nbsp;dramaturgie des actions collectives&nbsp;&raquo; (Cefa&iuml; &amp; Trom, 2001, p.60) qui accompagne les dynamiques de publicisation. Ces publics subalternes fonctionnent comme des espaces d&rsquo;activation des cadres susceptibles d&rsquo;avoir un &eacute;cho dans l&rsquo;espace public dominant. Comme nous l&rsquo;avons rapidement &eacute;voqu&eacute;, cela peut &ecirc;tre le cas lors de l&rsquo;&eacute;laboration de controverses, mais aussi dans le cadre de mobilisations suivant un cas d&rsquo;atrocit&eacute;. Dans chaque cas, il s&rsquo;agit d&rsquo;&eacute;lire un cadre sp&eacute;cifique et d&rsquo;y int&eacute;grer les r&eacute;flexions d&eacute;velopp&eacute;es dans le cocon de ces espaces clos communautaires, rendus publics sur des sites d&rsquo;institutionnalisation des discours.</p>     <p>Les membres les plus influents de la communaut&eacute; dalit<sup><a href="#45">45</a></sup><a name="top45"></a> en ligne constituent sa principale interface avec l&rsquo;espace public indien, et sont particuli&egrave;rement soumis &agrave; la r&eacute;flexivit&eacute; qu&rsquo;impliquent les conditions primaires du cadrage des discours.</p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p>La parole de ces &laquo;&nbsp;profils relais&nbsp;&raquo; se fait plus vigilante, plus &laquo;&nbsp;responsable&nbsp;&raquo; pour reprendre un terme employ&eacute; par ces derniers, afin d&rsquo;&eacute;viter de diviser en ligne une communaut&eacute; d&eacute;j&agrave; marqu&eacute;e hors-ligne par d&rsquo;importantes fractures id&eacute;ologiques. L&rsquo;entretien avec le fondateur de la cha&icirc;ne Youtube Dalit Camera en est une illustration parlante. Originaire du centre de l&rsquo;Inde, issu de l&rsquo;une des castes les plus basses parmi ces populations<sup><a href="#46">46</a></sup><a name="top46"></a>, il a subi la pratique de l&rsquo;intouchabilit&eacute; de la part d&rsquo;autres SC, et parle avec v&eacute;h&eacute;mence de cette pratique tr&egrave;s peu mentionn&eacute;e au sein du mouvement. Sa notori&eacute;t&eacute; l&rsquo;emp&ecirc;che d&eacute;sormais d&rsquo;aborder cette question, &agrave; l&rsquo;origine d&rsquo;une double crainte&nbsp;: celle d&rsquo;&ecirc;tre clivant et par cons&eacute;quent de desservir le mouvement, et celle d&rsquo;&ecirc;tre attaqu&eacute; publiquement. Cette limite importante l&rsquo;am&egrave;ne d&rsquo;ailleurs &agrave; remettre en cause le principe m&ecirc;me de sa cha&icirc;ne : son statut public, et influent, ne la condamne-t-elle pas &agrave; suivre la logique des grands m&eacute;dias contre lesquels elle s&rsquo;est initialement d&eacute;velopp&eacute;e?</p>     <p>     <blockquote>&laquo;&nbsp;Ce probl&egrave;me, personne ne souhaite en parler&hellip; Le mouvement anti-caste ne parvient pas &agrave; le reconna&icirc;tre. C&rsquo;est un probl&egrave;me &agrave; la marge d&rsquo;une communaut&eacute; elle-m&ecirc;me marginalis&eacute;e (&hellip;). Si je soul&egrave;ve cette question sur une plateforme publique, je serai massacr&eacute;. Vous voyez, les communaut&eacute;s d&rsquo;&eacute;goutiers consid&egrave;reraient (cite un autre site d&rsquo;informations et discussions dalit influent) comme un m&eacute;dia mainstream&nbsp;: parce qu&rsquo;il passe sous silence les probl&egrave;mes internes &agrave; la communaut&eacute; dalit. Ils se concentrent sur les hautes castes, mais pas sur ce qui se passe au sein m&ecirc;me de la communaut&eacute;. Et maintenant (nous) suivons le m&ecirc;me chemin car (la chaine) doit survivre.&raquo;<sup><a href="#47">47</a></sup><a name="top47"></a></blockquote>     <p></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><b>Conclusion</b></p>     <p>Les discours et pratiques de ces militants t&eacute;moignent du fait que l&rsquo;investissement d&rsquo;internet ne sert pas uniquement l&rsquo;&eacute;laboration d&rsquo;un accord sur les r&eacute;pertoires d&rsquo;actions &agrave; adopter. La conviction partag&eacute;e d&rsquo;&ecirc;tres exclus des m&eacute;dias de masse, coupl&eacute;e au d&eacute;veloppement rapide d&rsquo;internet en Inde ont incit&eacute; les militants &agrave; investir ces nouveaux espaces. Ils en ont fait des lieux de m&eacute;moire, de discussion interne, mais aussi de confrontation. Toutes ces dynamiques convergent vers l&rsquo;un des principaux objectifs de leur lutte&nbsp;: reprendre la main sur les r&eacute;cits et discours les concernant, sortir d&rsquo;un statut victimaire et faire communaut&eacute;. Ces ambitions am&egrave;nent les militants &agrave; faire preuve d&rsquo;une importante r&eacute;flexivit&eacute; dans le cadre de leurs interrelations sur les r&eacute;seaux sociaux num&eacute;riques.</p>     <p>Avant m&ecirc;me l&rsquo;&eacute;laboration de strat&eacute;gies d&rsquo;acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;espace public dominant, la majorit&eacute; des repr&eacute;sentants en ligne du mouvement cherche &agrave; jouir d&rsquo;un espace s&eacute;curis&eacute; d&rsquo;expression libre entre militants qui r&eacute;sident parfois &agrave; des milliers de kilom&egrave;tres les uns des autres, et dont ils ignoraient jusqu&rsquo;ici bien souvent l&rsquo;histoire et les luttes de terrain. Par ailleurs, l&rsquo;acquisition d&rsquo;une visibilit&eacute; non maitris&eacute;e repr&eacute;sente un risque important pour les militants les plus influents de ce r&eacute;seau. La crainte de perdre &agrave; nouveau la main sur leurs discours se m&ecirc;le au risque de ne plus pouvoir d&eacute;velopper de parole libre &agrave; mesure que leur agora grandit. Le mouvement n&rsquo;en demeure pas moins m&ucirc; par la volont&eacute; de faire valoir les droits des populations SC, impliquant de rendre visibles les cas d&rsquo;atrocit&eacute;s et de discriminations dont elles sont victimes. Son principal enjeu r&eacute;side dans les voies d&rsquo;&eacute;laboration puis de publicisation des actions collectives men&eacute;es et des mots d&rsquo;ordre choisis. Cela implique la construction d&rsquo;espaces clos qui permettent &agrave; ce public subalterne de d&eacute;velopper des discours communs et d&rsquo;aligner individualit&eacute;s et collectif lors d&rsquo;un processus de cadrage favoris&eacute; par la plasticit&eacute; de l&rsquo;environnement num&eacute;rique. La pratique de l&rsquo;ethnographie en ligne offre une fen&ecirc;tre importante d&rsquo;appr&eacute;hension de ces nouveaux processus d&rsquo;ajustement des discours.</p>     <p>&nbsp;</p>     <p><b>R&eacute;f&eacute;rences Bibliographiques</b></p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<!-- ref --><p>Ambedkar, B. R., Anand, S., &amp; Roy, A. (2014). <i>Annihilation of caste: the annotated critical edition</i>. New Delhi: Navayana Publ.    &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;[&#160;<a href="javascript:void(0);" onclick="javascript: window.open('/scielo.php?script=sci_nlinks&ref=927911&pid=S1646-5954201600030000600001&lng=','','width=640,height=500,resizable=yes,scrollbars=1,menubar=yes,');">Links</a>&#160;]<!-- end-ref --></p>     <p>Ashraf, A. (2013, Ao&ucirc;t). The untold story of dalit journalists. <i>The Hoot</i>. Retrieved from <a href="http://thehoot.org/web/The-untold-story-of-Dalit-journalists/6956-1-1-19-true.html" target="_blank">http://thehoot.org/web/The-untold-story-of-Dalit-journalists/6956-1-1-19-true.html</a></p>     <p>Bhattacharjee, S. S., &amp; Human Rights Watch (Organization). (2014). <i>Cleaning human waste: &ldquo;manual scavenging,&rdquo; caste, and discrimination in India</i>.</p>     <p>Bourdeloie, H. (2015). Usages des dispositifs socionum&eacute;riques et communication avec les morts&#8234;. D&rsquo;une reconfiguration des rites fun&eacute;raires. <i>Questions de Communication</i>, (28), 101&ndash;125.</p>     <p>Burgess, J., &amp; Green, J. (2009). <i>Youtube</i> (Polity Press).</p>     <p>Cardon, D., &amp; Granjon, F. (2010a). Chapitre 4. Le m&eacute;diactivisme &agrave; l&rsquo;&egrave;re d&rsquo;internet. In <i>M&eacute;diactivistes</i> (Presses de Sciences Po (PFNSP), pp. 81&ndash;110).</p>     <!-- ref --><p>Cardon, D., &amp; Granjon, F. (2010b). <i>M&eacute;diactivistes</i>. Paris: Sciences Po, Les Presses.    &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;[&#160;<a href="javascript:void(0);" onclick="javascript: window.open('/scielo.php?script=sci_nlinks&ref=927918&pid=S1646-5954201600030000600003&lng=','','width=640,height=500,resizable=yes,scrollbars=1,menubar=yes,');">Links</a>&#160;]<!-- end-ref --></p>     <p>Castells, M. (2012). <i>Networks of outrage and hope: social movements in the internet age</i>. Cambridge (GB), Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d&rsquo;Irlande du Nord, Etats-Unis d&rsquo;Am&eacute;rique.</p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p>Cefa&iuml;, D. (2007). <i>Pourquoi se mobilise-t-on? les th&eacute;ories de l&rsquo;action collective</i>. Paris: D&eacute;couverte (u.a.).</p>     <p>Cefa&iuml;, D., &amp; Trom, D. (Eds.). (2001). <i>Les formes de l&rsquo;action collective: mobilisations dans des ar&egrave;nes publiques</i>. Paris: Editions de l&rsquo;Ecole des hautes &eacute;tudes en sciences sociales.</p>     <!-- ref --><p>Dumont, L. (1966). <i>Homo hierarchicus: essai sur le syst&egrave;me des castes</i>. Paris, France: Gallimard.    &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;[&#160;<a href="javascript:void(0);" onclick="javascript: window.open('/scielo.php?script=sci_nlinks&ref=927923&pid=S1646-5954201600030000600006&lng=','','width=640,height=500,resizable=yes,scrollbars=1,menubar=yes,');">Links</a>&#160;]<!-- end-ref --></p>     <p>Facebook user base has now climbed to 125 million users in India. (n.d.). Retrieved from&nbsp;<a href="http://tech.firstpost.com/news-analysis/facebook-user-base-has-now-climbed-to-125-million-users-in-india-272186.html" target="_blank">http://tech.firstpost.com/news-analysis/facebook-user-base-has-now-climbed-to-125-million-users-in-india-272186.html</a></p>     <p>Fraser, N. (1992). Repenser la sph&egrave;re publique&#8239;: une contribution &agrave; la critique de la d&eacute;mocratie telle qu&rsquo;elle existe r&eacute;ellement. <i>Herm&egrave;s</i>, <i>31</i>.</p>     <p>Fraser, N. (2003). Rethinking the public sphere. In <i>Civil Society and Democracy, a Reader</i> (Oxford University Press). Carolyn M. Elliott.</p>     <p>Froehling, O. (1997). The Cyberspace &ldquo;War of Ink and Internet&rdquo; in Chiapas, Mexico. <i>Geographical Review</i>, <i>87</i>(2), 291&ndash;307. <a href="http://doi.org/10.2307/216010" target="_blank">http://doi.org/10.2307/216010</a></p>     <p>Graham, C., Gibbs, M., &amp; Aceti, L. (2013). Death, afterlife and immortality of bodies and data. <i>The Information Society</i>, <i>3</i>(29), 133&ndash;141.</p>     <p>Gustaffson, N., &amp; Breindl, Y. (2010). Leetocracy, networked political activism or the continuation of elitism in competitive democracy. Retrieved from&nbsp;<a href="http://www.pol.gu.se/digitalAssets/1315/1315799_briendl-gustafsson.pdf" target="_blank">http://www.pol.gu.se/digitalAssets/1315/1315799_briendl-gustafsson.pdf</a></p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p>Hardtmann, E.-M. (2009). <i>The Dalit Movement in India. Local Practices, Global Connections.</i> (Oxford University Press). Delhi.</p>     <p>Infographic: Infographics: State of internet in India - Times of India. (n.d.). Retrieved November 18, 2015, from&nbsp;<a href="http://timesofindia.indiatimes.com/india/Infographics-State-of-internet-in-India/articleshow/49823472.cms" target="_blank">http://timesofindia.indiatimes.com/india/Infographics-State-of-internet-in-India/articleshow/49823472.cms</a></p>     <p>Jaoul, N. (2014). L&rsquo;Ambedkarisme&#8239;: abolir la soci&eacute;t&eacute; de castes depuis les marges&#8239;? <i>Mouvements</i>, (77), 48&ndash;56. <a href="http://doi.org/10.3917/mouv.077.0048" target="_blank">http://doi.org/10.3917/mouv.077.0048</a></p>     <p>Jeffrey, R. (2000). <i>India&rsquo;s newspaper revolution: capitalism, politics, and the Indian-language press, 1977-99</i>. New York, Etats-Unis d&rsquo;Am&eacute;rique: St. Martin&rsquo;s Press.</p>     <p>Juris, J. S., &amp; Pleyers, G. H. (2009). Alter-activism: emerging cultures of participation among young global justice activists. <i>Journal of Youth Studies</i>, <i>12</i>(1), 57&ndash;75. <a href="http://doi.org/10.1080/13676260802345765" target="_blank">http://doi.org/10.1080/13676260802345765</a></p>     <p>Lemieux, C. (2010). <i>La Subjectivit&eacute; Journalistique. Onze le&ccedil;ons sur le r&ocirc;le de l&rsquo;individualit&eacute; dans la production de l&rsquo;information.</i> (&Eacute;ditions de l&rsquo;&Eacute;cole des Hautes &Eacute;tudes en Sciences Sociales).</p>     <p>Lerche, J. (2008). Transnational Advocacy Networks and Affirmative Action for Dalits in India. <i>Development and Change</i>, <i>39</i>(2), 239&ndash;261. <a href="http://doi.org/10.1111/j.1467-7660.2007.00478.x" target="_blank">http://doi.org/10.1111/j.1467-7660.2007.00478.x</a></p>     <p>Lim, M. (2006). Cyber-Urban Activism and the Political Change in Indonesia. <i>East Bound</i>.</p>     <p>L&rsquo;occupation des places publiques&#8239;: un nouvel objet &agrave; penser pour les SHS. (n.d.). Retrieved from&nbsp;<a href="http://40ans.ehess.fr/2015/11/13/loccupation-des-places-publiques-un-nouvel-objet-a-penser-pour-les-shs/" target="_blank">http://40ans.ehess.fr/2015/11/13/loccupation-des-places-publiques-un-nouvel-objet-a-penser-pour-les-shs/</a></p>     <p>Maesy, An. (2015). Digital Natives&rsquo; Alternative Approach to Social Change. In <i>Digital Activism in Asia Reader</i> (Meson Press). Germany.</p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p>McAdam, D., McCarthy, J. D., &amp; Zald, M. N. (1996). <i>Comparative Perspectives on Social Movements, Political Opporunities, Mobilizing Structures, and Cultural Framings.</i> (Cambridge University Press).</p>     <p>Olivier de Sardan, J.-P. (1995). La politique du terrain. <i>Enqu&ecirc;te</i>, (1), 71 &agrave; 109.</p>     <p>Pleyers, G. (2013). Pr&eacute;sentation, militantisme num&eacute;riques. <i>R&eacute;seaux</i>, (181), 9 &agrave; 21.</p>     <p>Schlozman, K. L., Verba, S., &amp; Brady, H. E. (2010). Weapon of the Strong? Participatory Inequality and the Internet. <i>Perspectives on Politics</i>, <i>8</i>(2), 487&ndash;509.</p>     <p>Srinivas, M. N. (1957). Caste in Modern India. <i>The Journal of Asian Studies</i>, <i>16</i>(4), 529&ndash;548. <a href="http://doi.org/10.2307/2941637" target="_blank">http://doi.org/10.2307/2941637</a></p>     <p>Unyial, B. N. (1996, November). In search of a dalit journalist. <i>The Pioneer</i>.</p>     <p>Zelliot, E. (2001). <i>From Untouhable to Dalit. Essays on the Ambedkar Movement.</i> (Manohar).</p>     <p>Census of India Website&nbsp;: Office of the Registrar General and Census Commissioner -&nbsp;<a href="http://censusindia.gov.in" target="_blank">http://censusindia.gov.in</a></p>     <p>&nbsp;</p>     <p><b>NOTES</b></p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p><Sup><a name="1"></a><a href="#top1">1</a></Sup> Le clerg&eacute; (<i>Brahmanes</i>), les guerriers K<i>shatryias</i>), les commer&ccedil;ants, artisans et agriculteurs (<i>Vaishyas</i>), les servants et paysans (<i>Shudras</i>), suivent la ligne hi&eacute;rarchique du pur et de l&rsquo;impur - voir &agrave; ce sujet, entre autres, les textes fondateurs de Louis Dumont (Dumont, 1966) et M.N Srinivas (Srinivas, 1957).</p>     <p><Sup><a name="2"></a><a href="#top2">2</a></Sup> Rappelons que si le syst&egrave;me de castes d&eacute;coule de l&rsquo;hindouisme, sa logique a &eacute;t&eacute; transpos&eacute;e dans les autres religions de l&rsquo;Inde, notamment l&rsquo;Islam et le Christianisme.</p>     <p><Sup><a name="3"></a><a href="#top3">3</a></Sup> Nous insistons ici sur l&rsquo;importance de ne pas consid&eacute;rer les castes comme des entit&eacute;s rigides et universelles. Rappelons par ailleurs qu&rsquo;une litt&eacute;rature importante s&rsquo;est d&eacute;velopp&eacute;e, dans le sillon de G.S. Ghurye, pour analyser l&rsquo;influence du British Raj dans la rigidification du syst&egrave;me de castes, administrativement cristallis&eacute; lors du grand recensement de 1871-1872, offrant une belle illustration dans le dernier quart du dix-neuvi&egrave;me si&egrave;cle &agrave; la maxime du &laquo;&nbsp;Divide and Rule&nbsp;&raquo;. Comme le r&eacute;suma en une tournure fameuse M.S. Srinivas, &laquo;&nbsp;British rule freed the jinn from the bottle&nbsp;&raquo;(Srinivas, 1957).</p>     <p><Sup><a name="4"></a><a href="#top4">4</a></Sup> Source&nbsp;: recensement 2011 -&nbsp;<a href="http://censusindia.gov.in" target="_blank">http://censusindia.gov.in</a></p>     <p><Sup><a name="5"></a><a href="#top5">5</a></Sup> Nous utiliserons le terme &laquo;&nbsp;SC&nbsp;&raquo; pour nous r&eacute;f&eacute;rer &agrave; ces groupes sociaux dans le reste de ce texte.</p>     <p><Sup><a name="6"></a><a href="#top6">6</a></Sup> Liste d&rsquo;exemples, non exhaustive.</p>     <p><Sup><a name="7"></a><a href="#top7">7</a></Sup> La sortie de l&rsquo;hindouisme a &eacute;t&eacute; particuli&egrave;rement encourag&eacute;e par B.R. Ambedkar, principal architecte de la Constitution indienne, qui d&eacute;clarait d&egrave;s 1935 &agrave; la conf&eacute;rence de Yeola qu&rsquo;il ne &laquo;&nbsp;mourrait pas hindou&nbsp;&raquo;, organisant &agrave; sa suite une vague de conversion de masse au Bouddhisme &agrave; l&rsquo;automne 1956 &agrave; Nagpur, peu de temps avant sa mort. Bien plus t&ocirc;t, Jyotirao Phule, figure tut&eacute;laire du mouvement anti-brahmane du sud de l&rsquo;Inde, a notamment ouvert la premi&egrave;re &eacute;cole pour les basse-castes dans la ville de Pune, en 1852.</p>     <p><Sup><a name="8"></a><a href="#top8">8</a></Sup> De l&rsquo;&eacute;tat du Maharashtra.</p>     <p><Sup><a name="9"></a><a href="#top9">9</a></Sup> &laquo;&nbsp;Hari&nbsp;&raquo; fait r&eacute;f&eacute;rence au dieu Vishnu&nbsp;; &laquo;&nbsp;jan&nbsp;&raquo; peut &ecirc;tre traduit comme &laquo;&nbsp;aim&eacute;&nbsp;&raquo;.</p>     <p><Sup><a name="10"></a><a href="#top10">10</a></Sup> Traduction personnelle.</p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p><Sup><a name="11"></a><a href="#top11">11</a></Sup> Parmi les principales lignes de fracture, deux grandes tendances strat&eacute;giques s&rsquo;opposent. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; une veine communautaire qui concentre ses actions &agrave; une &eacute;chelle essentiellement locale, et pour laquelle la construction d&rsquo;une fiert&eacute; identitaire passe par la r&eacute;cup&eacute;ration de leur parole et une reconnaissance de leur voix propre au sein de l&rsquo;espace public indien dominant. De l&rsquo;autre un &laquo;&nbsp;nouveau mouvement dalit&nbsp;&raquo;(Lerche, 2008) qui s&rsquo;est d&eacute;velopp&eacute; &agrave; partir du d&eacute;but des ann&eacute;es 1990 et a favoris&eacute; une logique d&rsquo;institutionnalisation du mouvement autour d&rsquo;ONG importantes, cherchant &agrave; s&rsquo;int&eacute;grer dans des r&eacute;seaux militants transnationaux&nbsp;; cette tendance sert une logique de mise en visibilit&eacute; et porte l&rsquo;accent sur le respect des Droits de ces populations. Cette distinction a une s&eacute;rie de cons&eacute;quences, notamment sur les diff&eacute;rents rapports aux m&eacute;dias d&eacute;velopp&eacute;s et la hi&eacute;rarchisation des voix l&eacute;gitimes pour porter les mots d&rsquo;ordre du mouvement.</p>     <p><Sup><a name="12"></a><a href="#top12">12</a></Sup> Traduction&nbsp;personnelle.</p>     <p><Sup><a name="13"></a><a href="#top13">13</a></Sup> Notons qu&rsquo;au cours de cette th&egrave;se, un dernier terrain court (de quelques semaines) en Inde est envisag&eacute;, probablement au cours du deuxi&egrave;me semestre de l&rsquo;ann&eacute;e 2016.</p>     <p><Sup><a name="14"></a><a href="#top14">14</a></Sup> En&nbsp; majeure partie, ce sont des militants ind&eacute;pendants qui ont &eacute;t&eacute; rencontr&eacute;s dans ces villes. Notons qu&rsquo;&agrave; Bombay, plusieurs militants ont &eacute;t&eacute; rencontr&eacute;s dans des universit&eacute;s, et dans le cadre de la comm&eacute;moration de la mort d&rsquo;Ambedkar, immense rassemblement autour du Chaythia&nbsp; Bhoomi, au c&oelig;ur de Bombay, qui a lieu chaque 6 d&eacute;cembre. Nagpur, centre du mouvement dalit ambedkariste bouddhiste repr&eacute;sentait un int&eacute;r&ecirc;t particulier pour rencontrer l&rsquo;une des premi&egrave;res g&eacute;n&eacute;rations d&rsquo;activistes en ligne en Inde, qui se sont mobilis&eacute;s suite au massacre d&rsquo;une famille dalit en 2006, dans le village de Khairlanji. &Agrave; Hyderabad, des membres d&rsquo;associations &eacute;tudiantes ont &eacute;galement &eacute;t&eacute; rencontr&eacute;s.</p>     <p><Sup><a name="15"></a><a href="#top15">15</a></Sup> Le terme &laquo;&nbsp;adivasis&nbsp;&raquo; d&eacute;signe les populations tribales.</p>     <p><Sup><a name="16"></a><a href="#top16">16</a></Sup> De fait, il semble bien difficile de d&eacute;signer des individus susceptibles d&rsquo;&ecirc;tre &laquo;&nbsp;repr&eacute;sentatifs&nbsp;&raquo; d&rsquo;une population aussi large, disparate, et marqu&eacute;e par de fortes dissentions internes (pensons par exemple aux tensions tr&egrave;s fortes qui existent entre populations <i>malas</i> et <i>madigas</i> dans les &eacute;tats du Telangana et de l&rsquo;Andhra Pradesh, allant jusqu&rsquo;&agrave; rendre leurs cohabitation impossible au sein d&rsquo;un m&ecirc;me syndicat &eacute;tudiant sur des campus universitaires).</p>     <p><Sup><a name="17"></a><a href="#top17">17</a></Sup> Le &laquo;&nbsp;brahmanisme&nbsp;&raquo; correspond &agrave; une vision de la soci&eacute;t&eacute; marqu&eacute;e par l&rsquo;esprit de castes, qui continue de consid&eacute;rer les populations SC au mieux comme des victimes, au pire comme des incapables indignes de respect.</p>     <p><Sup><a name="18"></a><a href="#top18">18</a></Sup> Entretien r&eacute;alis&eacute; le 27 Octobre 2014 &agrave; Delhi, sur le campus de l&rsquo;Universit&eacute; Jawaharlal Nehru. Notons que tous les extraits d&rsquo;entretiens, originellement men&eacute;s en anglais, ont &eacute;t&eacute; traduits par l&rsquo;auteur de l&rsquo;article.</p>     <p><Sup><a name="19"></a><a href="#top19">19</a></Sup> Notons qu&rsquo;en l&rsquo;absence de sources officielles concernant ces donn&eacute;es, celles utilis&eacute;es sont les estimations de professionnels des NTIC, ici de la IAMAI (Internet and Mobile Association of India).</p>     <p><Sup><a name="20"></a><a href="#top20">20</a></Sup> Groupe de discussion organis&eacute; le 29 Octobre 2014 &agrave; Delhi,&nbsp; avec un syndicat &eacute;tudiants dalit sur le campus de l&rsquo;Universit&eacute; Jawaharlal Nehru. Ce groupe de discussion a &eacute;t&eacute; organis&eacute; avec six militants dalits &eacute;tudiants (&acirc;g&eacute;s d&rsquo;entre 23 et 28 ans), dans la chambre de l&rsquo;un d&rsquo;entre eux sur le campus de l&rsquo;universit&eacute;.&nbsp; La discussion et les &eacute;changes entre ces jeunes militants ont dur&eacute; environ une heure et demie, ponctu&eacute;e par des questions ouvertes qui servaient quatre axes principaux&nbsp;: leur relation &agrave; Internet, l&rsquo;existence &eacute;ventuelle d&rsquo;un r&eacute;seau militant en ligne, la visibilit&eacute; des populations dalits dans l&rsquo;espace public indien, leur engagement au sein du syndicat auquel ils appartiennent.</p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p><Sup><a name="21"></a><a href="#top21">21</a></Sup> Le terme &laquo;&nbsp;atrocit&eacute;&nbsp;&raquo;&nbsp; est la d&eacute;signation l&eacute;gale (en anglais &laquo;&nbsp;atrocity&nbsp;&raquo;) des actes de violences subies par les populations dalits du simple fait de leur appartenance de caste. Des crimes condamn&eacute; par le Prevention of Caste Atrocity Act de 1989.</p>     <p><Sup><a name="22"></a><a href="#top22">22</a></Sup> Entretien r&eacute;alis&eacute; &agrave; Bombay le 10 d&eacute;cembre 2014.</p>     <p><Sup><a name="23"></a><a href="#top23">23</a></Sup> Facteur &eacute;nonc&eacute; et d&eacute;fini comme tel par l&rsquo;un des r&eacute;dacteur en chef adjoint d&rsquo;un grand quotidien national, lors d&rsquo;un entretien r&eacute;alis&eacute; &agrave; Delhi le 31 d&eacute;cembre 2014.</p>     <p><Sup><a name="24"></a><a href="#top24">24</a></Sup> Entretien r&eacute;alis&eacute; le 31 d&eacute;cembre 2014 &agrave; Delhi.</p>     <p><Sup><a name="25"></a><a href="#top25">25</a></Sup> Le &laquo;&nbsp;presque&nbsp;&raquo; se r&eacute;f&egrave;re ici aux fronti&egrave;res linguistiques, qui suivent les fronti&egrave;res r&eacute;gionales de l&rsquo;Inde (vingt-deux langues officielles y sont reconnues), et sont susceptibles de rendre difficile les discussions entre activistes de diff&eacute;rentes r&eacute;gions (notamment non hindiphones)&nbsp;; une grande partie de ses &eacute;changes inter-r&eacute;gionaux se font en anglais.</p>     <p><Sup><a name="26"></a><a href="#top26">26</a></Sup> Entretien r&eacute;alis&eacute; &agrave; Wardha (Maharashtra), le 13 d&eacute;cembre 2014.</p>     <p><Sup><a name="27"></a><a href="#top27">27</a></Sup> Chiffres au 7 juin 2016.</p>     <p><Sup><a name="28"></a><a href="#top28">28</a></Sup> Ville au c&oelig;ur de l&rsquo;Inde, capitale de l&rsquo;Etat du Telangana.</p>     <p><Sup><a name="29"></a><a href="#top29">29</a></Sup> Entretien r&eacute;alis&eacute; le 18 d&eacute;cembre 2014, &agrave; Hyderabad.</p>     <p><Sup><a name="30"></a><a href="#top30">30</a></Sup> Terme que l&rsquo;on retrouve dans plusieurs textes militants en ligne, et qui a &eacute;galement &eacute;t&eacute; employ&eacute; lors d&rsquo;une discussion en ligne que je menais avec un militant <i>dalit</i> pr&eacute;sent sur place au moment de l&rsquo;affaire, et ayant particip&eacute; &agrave; plusieurs manifestation en f&eacute;vrier 2016.</p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p><Sup><a name="31"></a><a href="#top31">31</a></Sup> Chiffres au 8 juin 2016.</p>     <p><Sup><a name="32"></a><a href="#top32">32</a></Sup> Au sujet de l&rsquo;influence des outils socio-num&eacute;riques sur les rapports aux morts et au deuil, voir notamment les travaux d&rsquo;H&eacute;l&egrave;ne Bourdeloie (Bourdeloie, 2015) et de Connor Graham <i>et al. </i>(Graham, Gibbs, &amp; Aceti, 2013).</p>     <p><Sup><a name="33"></a><a href="#top33">33</a></Sup> Entretien r&eacute;alis&eacute; le 26 octobre 2014 &agrave; Delhi, dans le quartier de Munirka, &agrave; proximit&eacute; de l&rsquo;universit&eacute; Jawaharlal Nehru.</p>     <p><Sup><a name="34"></a><a href="#top34">34</a></Sup> Entretien r&eacute;alis&eacute; le 09.12.2014 &agrave; Mumbai, dans le quartier d&rsquo;Andheri, avec deux militants ambedkaristes.</p>     <p><Sup><a name="35"></a><a href="#top35">35</a></Sup> Nous &eacute;tudions notamment un groupe de 913 membres au 10 juin 2016, (chiffre stable) rattach&eacute; &agrave; un syndicat &eacute;tudiant actif sur le campus de l&rsquo;Universit&eacute; Jawaharlal Nehru &agrave; Delhi.</p>     <p><Sup><a name="36"></a><a href="#top36">36</a></Sup> Nous &eacute;tudions par exemple un groupe de militants n&eacute;o-bouddhistes qui r&eacute;unit plus de 7500 membres r&eacute;partis sur l&rsquo;ensemble du territoire indien, au 10 juin 2016 (croissance lente mais r&eacute;guli&egrave;re du nombre de membres).</p>     <p><Sup><a name="37"></a><a href="#top37">37</a></Sup> Nous &eacute;tudions notamment un groupe de plus de 17 000 membres, porteurs de diff&eacute;rentes tendances id&eacute;ologiques au sein du mouvement.</p>     <p><Sup><a name="38"></a><a href="#top38">38</a></Sup> Une importante tradition de r&eacute;cit de vie et de biographie existe au sein du mouvement dalit, &agrave; travers la litt&eacute;rature ou&nbsp; encore des&nbsp; troupes de th&eacute;&acirc;tre itin&eacute;rantes.</p>     <p><Sup><a name="39"></a><a href="#top39">39</a></Sup> &laquo;&nbsp;Stratified Societies&nbsp;&raquo; dans le texte.</p>     <p><Sup><a name="40"></a><a href="#top40">40</a></Sup> Traduction&nbsp;personnelle.</p>     ]]></body>
<body><![CDATA[<p><Sup><a name="41"></a><a href="#top41">41</a></Sup> &laquo;&nbsp;full parity of participation in public debates and deliberation is not within the reach of possibility&nbsp;&raquo; (Fraser, 2003)</p>     <p><Sup><a name="42"></a><a href="#top42">42</a></Sup> Traduction personnelle.</p>     <p><Sup><a name="43"></a><a href="#top43">43</a></Sup> R&eacute;empruntant ici au vocabulaire habermassien la notion de &laquo;&nbsp;publicit&eacute;&nbsp;&raquo; impliquant que tout public, aussi restreint soit-il, se vit comme une part potentielle d&rsquo;un autre public plus large.</p>     <p><Sup><a name="44"></a><a href="#top44">44</a></Sup> Le principal argument mobilis&eacute; par les militants contre ce texte d&rsquo;Arundhati Roy &eacute;tait Roy elle-m&ecirc;me et son ext&eacute;riorit&eacute; au mouvement&nbsp;: fille d&rsquo;un p&egrave;re Bahmane, elle appartient &agrave; l&rsquo;intelligentsia cosmopolite indienne au sein de laquelle elle occupe une place &laquo;&nbsp;d&rsquo;intellectuelle engag&eacute;e&nbsp;&raquo;. Pourtant, le fait qu&rsquo;elle n&rsquo;ait jamais r&eacute;ellement t&eacute;moign&eacute; d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t pour le mouvement dalit auparavant a &eacute;t&eacute; soulign&eacute; par de nombreux militants, qui l&rsquo;ont consid&eacute;r&eacute;e comme un nouveau &laquo;&nbsp;messi&nbsp;&raquo; de la cause d&eacute;sign&eacute; par les hautes castes, cherchant &agrave; glaner un peu plus de publicit&eacute; et d&rsquo;argent tout en r&eacute;duisant au silence les communaut&eacute;s dalits d&eacute;sign&eacute;es comme les seules &agrave; pouvoir <i>l&eacute;gitimement</i> promouvoir l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;Ambedkar. Les extraits s&eacute;lectionn&eacute;s de ces discours d&eacute;velopp&eacute;s en ligne pour &ecirc;tre publi&eacute;s sur le site influent en question ont contribu&eacute; &agrave; inscrire ce discours militant dans un cadre &laquo;&nbsp;contre-h&eacute;g&eacute;monique&nbsp;&raquo;.</p>     <p><Sup><a name="45"></a><a href="#top45">45</a></Sup> Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de blogs, de sites d&rsquo;informations militants ou de chaines Youtube, nous consid&eacute;rons ces profils comme &laquo;&nbsp;nodaux&nbsp;&raquo;, dans le sens o&ugrave; ils constituent des points de convergence des flux qui traversent ce r&eacute;seau militant.</p>     <p><Sup><a name="46"></a><a href="#top46">46</a></Sup> Les populations qui sont d&eacute;sign&eacute;es comme &laquo;&nbsp;manual scavengers&nbsp;&raquo;, traditionnellement charg&eacute;s du nettoyage manuel des latrines (activit&eacute; qui concerne officiellement aujourd&rsquo;hui plus de 790 000 individus dans toutes l&rsquo;Inde, d&rsquo;apr&egrave;s le Recensement de 2011&nbsp; (les ONG annoncent un chiffre plus proche de 1,2 millions de personnes), des fosses sceptiques, du caniveau et des &eacute;gouts. Il s&rsquo;agit ici des trois formes de &laquo;&nbsp;nettoyages&nbsp;&raquo;&nbsp; effectu&eacute;es par les <i>manual scavengers</i> reconnues par l&rsquo;Organisation Mondiale du Travail (Bhattacharjee &amp; Human Rights Watch (Organization), 2014).</p>     <p><Sup><a name="47"></a><a href="#top47">47</a></Sup> Entretien r&eacute;alis&eacute; &agrave; Hyderabad le 18 d&eacute;cembre 2014.</p>      ]]></body><back>
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